Bataille dans le Ciel de Provence En ce beau jour du mois d'août 1944, j’avais douze ans et nous étions en période de grandes vacances. Aucun nuage dans le ciel bleu azur, car il soufflait un léger mistral comme souvent en Provence, « Notre cher Mistral ». On n’entendait que les cris des hirondelles qui tournoyaient aux alentours de la ferme et le chant des cigales, sur les platanes ,autour de la bastide. Nous savions que les alliés avaient débarqué sur les plages de Provence. Tous les soirs, nous écoutions « Radio Londres » « les Français parlent aux Français ». La station était volontairement brouillée par les Allemands, mais nous arrivions tout de même à entendre en prêtant l’oreille, malgré le « tilouli ! tilouli ! » que faisait le brouillage. Nous étions donc au courant de l’avancée des troupes alliées, sur le front de Normandie et en Provence. Nous écoutions tous les messages personnels, destinés aux forces françaises de l’intérieur les ( FFI ) : les messages disaient :<<Le chat miaulera deux fois ! » Je répète « ! Le chat miaulera deux fois ! » Ou : « Le canard a quatre pattes ». Mon père nous dit plus tard, après la libération, que lorsqu’ était répété deux fois le même message, c’était le signal donné à certains résistants de passer à l’action. : faire des sabotages, sur les voies ferrées, routes, ponts etc. Certains messages nous faisaient rire. Tout à coup, un grand bruit de moteur d’avion vint couper le silence dans la plainemais nous réalisâmes bien vite que les appareils étaient en nombreLe feuillage des platanes nous empêchait de voir ; nous voilà tous à l’arrière de la ferme. Le ciel était dégagé ; ils arrivaient de l’Est, certainement de la base de Fréjus, une dizaine environ ou plus ?, toute une escadrille. Ils tournoyaient dans le ciel.... certains prenaient de l’altitude, montaient comme une flèche presque à la verticale, dans une accélération stridente des moteurs... Très vite ,d’autres avions arrivèrent ( un autre type d’appareil ) : ils commencèrent à se tirer dessus. Nous entendions et voyions les mitrailleuses cracher le feu. Au- dessus de nos têtes se déroulait un véritable combat aérien entre le village de Fuveau et la montagne Sainte Victoire, dans la plaine de la vallée de l’Arc. Nous, les petits, nous étions ravis : nous regardions, bouche bée, à ne pas en croire nos yeux. Mon père nous fit accroupir pour suivre le déroulement des combats. Mon frère Paul fauchait de l’herbe pour les vaches à une centaine de mètres : mon père lui fit signe de s’accroupir dans l’herbe. Mon frère aîné Marius, était planté au milieu du chemin de la bastide : ma mère lui criait de ne pas rester là ; il risquait de recevoir un projectile, mais rien ne le fit bouger. Les avions se battaient deux par deux, ils se poursuivaient, prenaient subitement de l’altitude dans un bruit de sirène épouvantable, plongeant en tirant des rafales de mitrailleuse Ils se livraient un combat infernal.... On voyait tomber des morceaux de plexiglas ( sans doute du cockpit ) ; on apercevait même les cocardes rondes (bleu, blanc, rouge) des Spitfires de la Royal Air Force, ou les croix noires des Messerschmitt de la Luftwaffe allemande. Une bataille aérienne se livrait sous nos yeux. Tout à-coup, mon frère Noël nous fit signe du doigt en direction de la montagne sainte Victoire : « Regardez ! Il y a un avion qui tombe ! » Effectivement , une longue traînée de fumée noire zébrait le ciel, et l’avion disparut derrière la montagne. Le combat faisait toujours rage. Les avions continuaient à se poursuivre dans une chasse folle, comme le font les hirondelles dans le ciel. Les mitrailleuses crépitaient.... et nous n’avions pas vraiment conscience de ce qui se passait au-dessus de nos têtes. Quelques secondes après la chute de l’avion, mon père nous fit remarquer qu’ un point noir se déplaçait dans le ciel, juste au- dessus de la montagne : « C’est un parachute ! » nous dit-il : « Le pilote a dû sauter avant que l’avion ne s’écrase ! ». Un léger vent passait du nord au sud ; à l’altitude où se trouvait le parachutiste, il devait souffler plus fort, et le pousser vers le sud, c’est- à -dire dans notre direction ; le point noir se rapprochait de plus en plus.... grossissait jusqu’à ce que nous pûmes distinguer, là, devant nous , le parachutiste qui oscillait au gré du vent ,à la manière du balancier d’une horloge Comtoise, en direction du village de Fuveau..... et il disparut petit à petit derrière la colline. A un moment donné, les avions se dispersèrent ; les uns se dirigèrent vers l’est, sans doute vers Fréjus.... rejoindre la base des alliés, et les autres partirent vers l’ouest, vers les bases allemandes. Nous crûmes que la bataille était terminée, lorsque tout à coup nous entendîmes le bruit d’un moteur qui avait des ratés. C’était un avion allemand ; il volait très bas à une altitude de 100 mètres environ ; il venait de l’Est, de la plaine de Trets ; il passa près de la ferme de Mr Faure, se dirigeant droit sur la Grande-Bastide, puis fit un virage en épingle sur la bastide de Mr Silvy, et revint droit sur la nôtre. On comprenait qu’il cherchait à se poser dans un champ. Au dernier moment, le pilote redressa son avion : lorsqu’il passa devant nous, il n’était qu’à une vingtaine de mètres d’altitude et le moteur avait de plus en plus de ratés Mon frère Paul avait rejoint un voisin Raoul Malet qui travaillait dans un champ à côté . Dans un réflexe de peur, ils se jetèrent ventre à terre, tandis que l’avion ,à quelques mètres au- dessus d’eux, traversa le champ en rase- motte. Il accrocha légèrement une rive perpendiculaire à sa trajectoire, entre les deux champs, et finit par atterrir avec fracas sur le ventre dans un immense nuage de poussière, dans les melons, devant la bastide du père Malet. Nous voilà partis tous les cinq, en direction de l’avion. Ma mère venue nous rejoindre à la fin des combats, après être restée cachée dans la maison de peur, nous voyant tous courir, se mit à crier, car elle craignait que l’avion explose. Elle supplia mon père de nous faire revenir, mais en vain.... nous étions déjà arrivés sur les lieux ! Noël et moi étions les premiers, mais à l’entrée du champ de melons, à une cinquantaine de mètres de l’avion, nous eûmes un temps d’arrêt, vite rejoints par les trois autres. Raoul , le fils du propriétaire de la melonnière s’approcha. Nous le suivîmes, malgré notre crainte :c’était un pilote allemand, et nous ne savions pas quelle serait sa réaction. Nous l’avions vu sortir du cockpit avec une certaine facilité, car l’avion était sur le ventre, l’extrémité de l’aile droite touchant le sol un peu comme un planeur à l’arrêt ; il ne paraissait pas être blessé . Mr Malet était arrivé également. Nous nous approchâmes....L’aviateur nous regarda, un peu étonné par tout ce monde autour de lui. Il sortit de l’étui son pistolet, un (Luger), qu’il posa sur l’aile de l’avion, puis il déploya une carte et il désigna du doigt l’endroit où il se trouvait approximativement, en sollicitant notre avis. Marius et Raoul le lui indiquèrent sur la carte le village de Fuveau : il nous fit comprendre par des gestes qu’il voulait téléphoner.... Nous lui désignâmes l’atelier de Mr Mulatiéri qui était le seul ,dans le coin ,à avoir le téléphone : il remit alors le Luger dans son étui, et nous dit en allemand « Beachtung nichts zu berrûhrent ! » Personne n’avait rien compris à son charabia. En réalité, il nous avait dit. :<< Attention ne touchez à rien ! Défendu ! » Et le voilà parti vers la scierie... Lorsqu’il fut assez éloigné, nous nous approchâmes de l’appareil, pour voir de plus prés l’intérieur du cockpit. Quelques minutes plus tard ,le pilote fut de retour : il nous fit comprendre que quelqu'un allait venir. Peu à peu arrivaient des gens des bastides environnantes, et du village. Tout le monde marchait au hasard et M Malet se faisait du souci pour sa récolte de melons. Vers le soir, un camion de l’armée allemande arriva à la bastide des Malet : deux soldats,en garnison à Fuveau en descendirent ; deux vieux soldats, venus pour assurer la garde de l’appareil. Le soir, il n’y avait plus personne autour de l’avion. Restaient les deux sentinelles et Noël et moi, sympathisâmes avec les deux soldats. A notre âge, nous ne faisions pas trop la différence, entre un soldat allemand ou un autre nous savions qu’ils étaient nos ennemis, mais sans plus. Les deux soldats étaient postés là avec leur fusil de marque « Mauser » « Plus tard, en 1952 lors de mon service militaire à Carpiagne prés Cassis ,j’eus le même fusil de récupération à l’ennemi ». Avec Noël, nous approchions de plus près de l’avion, pour regarder à l’intérieur du poste de pilotage. J’examinais le tableau de bord, ses manomètres, les cadrans, les manettes. Aux pieds, il y avait comme des pédales, ( j’ai appris plus tard que c’était des palonniers qui servaient pour la manœuvre de l’appareil ) Au centre, devant le siège du pilote, un levier « manche à balai » avec une poignée à l’extrémité et au-dessus de cette dernière, un gros bouton de couleur rouge. Je demandai au soldat en faisant signe du doigt en direction du bouton : il me fit comprendre en disant : « tatatatatata tatatatata ! » que c’était la commande des deux mitrailleuses, qui se trouvent au centre des deux ailes, et que j’avais déjà repérée depuis longtemps. Il nous expliqua qu’il ne fallait surtout pas toucher à ce bouton, en nous disant :<< Défendu, « Werboten ! ». Nous étions émerveillés, car c’était la première fois que nous pouvions examiner un avion de près, et à notre âge cela marque à tout jamais les esprits. Mon frère était penché à l’intérieur du cockpit, lorsqu’un des soldats lui tapa sur l’épaule, et lui demanda par des signes s’il voulait s’asseoir sur le siège du pilote. Noël tout étonné accepta sans façon: il le prit sous les aisselles, le souleva, et voilà mon frère assis dans le cockpit à la place du pilote. Le soldat lui demanda de ne rien toucher ; surtout pas le bouton rouge , ce qui aurait déclenché un mitraillage dans le champ de melons du père Malet. Noël me regardait ; il était heureux. Quelques minutes plus tard, le soldat l’aida à sortir. Je crus qu’allait venir mon tour, mais à cet instant, une voiture allemande arriva sur le chemin de la bastide. Les hommes nous firent écarter de l’appareil. Un soldat traversa le champ pour se diriger vers nous : il était chargé de porter la gamelle pour le repas du soir, et deux couvertures pour la nuit. Ils discutèrent un moment tous les trois, et il repartit comme il était venu. Les deux autres s’installèrent pour prendre leur repas du soir, et moi je restai là espérant qu’il allait me faire asseoir, comme mon frère, au poste de pilotage. Mais il n’en fut rien : j’étais déçu et surtout jaloux Nous restâmes encore un moment, mais le soir tombait : il nous fallait rentrer à la maison. Avant notre départ, un soldat nous fit comprendre qu’il devait dormir dans la rive, au côté de l’appareil et voulait quelque chose pour mettre à terre . Nous partîmes donc à la bastide chercher quatre sacs de jute Il nous remercia, puis nous rentrâmes à la maison. Et tout au long du repas, nous discutâmes de cette bataille aérienne. Qu’était-il advenu du pauvre parachutiste, qui se balançait dans les airs, depuis la montagne sainte Victoire, après avoir disparu de notre regard, derrière la colline qui nous sépare du village de Fuveau ? qu’est-il devenu ? D-M Fuveau 2004- *************** Le Parachutiste Suite de la bataille dans le ciel de Provence :ouiqu’est-il devenu ,le pauvre parachutiste ? A cette époque, mon père avait un commerce de primeurs « les halles de Fuveau » , au numéro trois du Boulevard Loubet, occupé de nos jours par «l’assurance Blanchard ». Tous les matins, il montait faire l’ouverture du magasin, et pour le repas de midi ,il revenait à la bastide. Il nous fit part des nouvelles du parachutiste, que nous attendions avec impatience. Il nous dit simplement qu’il était tombé dans la colline aux alentours du château Vitalis, sans plus de commentaires. Le lendemain, les camarades d’école nous expliquèrent en détail comment cela s’était passé, en exagérant plus ou moins Le temps passe, les Anciens disparaissent, l’histoire du seul parachutiste qui soit tombé dans une colline de Fuveau, tombe dans l’oubli, comme bien d’autres choses. Soixante ans après, j’ai voulu savoir réellement comment cela c’était passé .Après quelques recherches infructueuses, auprès des Anciens qui me donnaient chacun leur version, j’appris de façon certaine que le parachutiste avait bien atterri non loin du château Vitalis. Les gens de Fuveau l’appellent château, (il a été démoli : et n’existe plus) car c’était une très belle demeure bourgeoise avec une bastide comme dépendance, et un important vignoble tout autour, ainsi qu’une cave de renom où l’on produisait un bon cru. Un fermier- vigneron cultivait les terres du château. C’était un petit homme d’une grande bravoure, très strict sur les principes ; il s’appelait Mr Grail Claudius et avait deux ouvriers : Henri, dit « Lou Rafresca », et Marius dit « La Vapeur », surnoms donnés par les gens du village et les mineurs, car ils aimaient tous les deux le bon vin Mr Grail avait obtenu l’adjudication du ramassage des poubelles « la bordille ». Ce travail était effectué par les deux inséparables ,avec un vieux cheval et un tombereau. Ce vieux cheval s’arrêtait de lui-mème devant chaque bar du village, où il stationnait durant de longs moments Ils faisaient aussi « l’enterre -mort ». C’est Johannes, le petit fils de Mr Grail, âgé de soixante- dix- huit ans actuellement, qui m’a relaté le détail réel de l’événement :il est le dernier témoin de cette histoire... Géographiquement, le château Vitalis se trouve assez loin du lieu du combat aérien. Ils entendaient le bruit des moteurs et des mitrailleuses. De temps à autre ,ils apercevaient un avion qui venait tourner pour reprendre le combat, mais leur champ de vision étai limité ,car la colline les empêchait de voir le déroulement de la bataille. De la vigne où ils se trouvaient, ils ne voyaient pas non plus le parachutiste se rapprocher de la colline voisine. Ce matin-là, ils étaient trois à tailler les vignes ; Mr Grail, Marius et Joannes,. Henri étant au village occupé au ramassage des ordures. A tout moment, Joannes regardait au -dessus des pins, pour essayer de distinguer les avions lorsque, tout à coup, il aperçut le parachutiste. Il n’en croyait pas ses yeux ! il était là, tout proche ! Il le vit descendre pratiquement à la verticale, le vent étant moins fort prés du sol. Il cria en « provençal » à son grand-père et à Marius qui se tenaient tête baissée pour tailler les sarments de vigne : « Pépé ! Marius ! Regardez ! Un parachutiste vient de tomber dans la colline ! Là, derrière les pins ! Son grand père surpris lui demanda en provençal, « monté as vist aterra un paro-toumbant ?, as pantaia moun pichot !Ou adounc vènès calu » ---- Où as-tu vu tomber un parachutiste ?Tu as rêvé mon petit ! ou alors tu devient fada ! » ---- Non pépé, je te jure, il est tombé dans les pins ! --- « Fau ana veir aco à ran » --- Il faut aller voir ça de plus prés : » Les voila partis à la recherche du rescapé de la bataille. Joannes les emmena en direction du point de chute, quand tout à coup ils aperçurent le pilote suspendu à un pin, le parachute accroché à des branches qui n’avaient pas cédé sous le poids du malheureux. L’aviateur gémissait de douleur.... A la vue des trois hommes qui venaient à son secours, il leur parla un langage qu’aucun des trois ne comprenait. Mr Grail leur dit, «Aro fau lou desengavacha » : « Maintenant il faut le sortir de là ! ». Un tailleur de vigne , outre son sécateur, a toujours sur lui un couteau-scie, « sarret » qui sert à scier les quartiers des souches de vignes mortes. Marius portait le sien accroché à la ceinture . L e grand -père dit à son petit- fils « Pichot escalo l’aubre emai couipo li branco que lou retingon » « Petit, monte sur le pin et avec le couteau-scie , coupe les branches qui retiennent le parachute ! » Joannes avait dix- huit ans ; il était agile et savait grimper aux arbres plus jeune, il avait déniché tant de pies ou d’écureuils ! D’une main , il scia les quelques branches qui retenaient la toile de soie blanche en partie déchirée, et de l’autre il se tenait pour ne pas tomber. Au pied du pin,Claudius et Marius levaient les bras, prêts à retenir le pilote dans sa chute.. Joannes tâchait d’aller vite, mais avec un couteau-scie cela n’était pas facile.... Claudius dit à Marius, « Meu, doune me la man per lou teni dei péd que noun toumbe ! » « Marius, donne- moi la main pour lui tenir les pieds et éviter qu’il tombe !» La dernière branche coupée, l’aviateur tomba dans leurs bras : ils essayèrent de le débarrasser du harnachement du parachute, mais ils n’y parvinrent pas. Ils le saisirent chacun sous un bras, tandis que Joannes redescendu du pin, prenait le parachute de soie blanche, prêt à suivre le cortège, à l’allure d’un mariage. Bien que le père Grail n’aimât pas les Allemands, il leur dit « fau lou carreja à l’oustaou, pouden pas l’abandouna ansi ! » « Il faut l’emmener à la maison, on ne peut pas le laisser ici ». Ils n’avaient pas fait quatre mètres, que retentirent deux rafales de mitraillette. Une pluie d’aiguilles de pin leur tomba sur la tête. Quatre soldats allemands en tenue de combat apparurent, criant « Halte ! Terroristes ! » De peur, les trois sauveteurs lâchèrent le blessé et levèrent les bras comme pour se rendre. Le pilote tomba à terre en lâchant des cris de douleur ; Puis il parla aux soldats, pour leur dire sans doute qu’ils l’avaient décroché de l’arbre où il était suspendu, et que ce n’étaient pas des terroristes, mais des paysans. Ils comprirent la situation, baissèrent leurs armes et devinrent plus conciliants. Les trois sauveteurs avaient eu très peur ! Claudius s’adressant à Marius dit, « per lou cop, van pas nous espoutil, as vit Méu !, fai de ben a Bertrand» « Pour le coup ! Ils ne vont pas nous descendre tout de même ! Fais du bien à Bertrand ! » Les soldats allemands prirent leur compatriote et le transportèrent à l’intérieur de la bastide proche de la colline. Joannes avait repris dans ses bras le parachute et suivait le cortège. Le pilote portait à la main et au bras droit, de graves brûlures dues à son blouson de cuir , en partie consumé par les flammes, activées sans doute par le vent d’altitude, lorsqu’il dérivait dans les airs. Il souffrait énormément. Après que les soldats lui eurent ôté le harnachement, Madame Grail le fit boire, lui nettoya le visage en partie recouvert d’huile. Elle lui donna ensuite deux comprimés d’aspirine : à cette époque il n’y avait rien d’autre pour calmer la douleur. Les soldats allemands assistaient en spectateurs, et de temps à autre, lui posaient des questions, aux quelles il répondait en faisant de grands gestes avec le bras gauche. Après avoir repris un peu de forces, l’aviateur se mit debout. Il demanda à un soldat de lui sortir le portefeuille de la poche de son blouson. Il sortit un billet de mille francs pour le donner à Joannes, sans doute pour le récompenser de l’avoir sorti de cette mauvaise posture. A cette époque, mille francs représentaient une grosse somme d’argent, pour faire la comparaison, un mineur de fond ne gagnait pas cent francs par jour. Mais le grand- père de Joannes qui avait fait la guerre 14 / 18, avait une dent contre les Allemands, et refusa tout simplement ; il dit à son petit- fils : « Petit, je t’interdis de prendre cet argent ! ». Après avoir salué et remercié tout le monde, les soldats installèrent le pilote dans leur véhicule et se dirigèrent vers Fuveau, puis sans doute vers un hôpital d’une ville voisine : Aix en Provence, ou Marseille.... Selon certaines personnes de Fuveau qui se trouvaient sur les lieux, les officiers allemands cantonnés au village avaient suivi tout le déroulement de la bataille aérienne avec des jumelles, depuis le belvédère du village : « le portail » qui se trouve rue Rondet, au coin de la maison de la famille Audisio. De cet endroit, on domine une grande partie de la vallée de l’Arc jusqu’à la montagne Sainte Victoire. Ils suivirent la descente du parachutiste jusqu'à son point de chute, en sachant que c’était un des leurs : c’est pour cette raison qu’ils arrivèrent très vite sur les lieux, quelques minutes plus tard. Voilà en détail l’histoire du parachutiste, survenue à Fuveau en 1944. Ce fut un évènement. Ce n’est pas tous les jours qu’un parachutiste atterrit dans une colline proche du village ! Je ne suis pas un conteur, ni un écrivain, mais j’ai voulu faire revivre ce moment de la guerre de mon mieux, avec le plus de détails possible, pour que cette histoire ne tombe pas dans l’oubli. Avec les précieux renseignements de mon ami Flippe Joannes, le dernier témoin de cet événement. La famille Grail Claudius a disparu ainsi que Henri dit « Lou Rafresca » et Marius dit « La Vapeur ». Quant à Joannes, il s’engagea à la libération, au passage des alliés ,comme plusieurs jeunes gens du village pour la durée de la guerre. ( il fit aussi la campagne d’Indochine ). Tous les personnages de cette histoire ont marqué la vie de Fuveau, dans les années 40. Récit vécu D M Fuveau 2005
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