Une Bonne Action Dans les années 1970/80, après avoir fermé à la suite de cambriolages successifs, le magasin d’armes et cycles que j’avais créé, je décidai de me remettre au travail de la terre, (Regain !) après ma journée passée à la centrale thermique de Gardanne : moi qui avais juré mes grands dieux que jamais je ne recourberais l’échine !.. Comme quoi, il ne faut jamais jurer de rien ! Me revoilà donc en train de travailler les quelques hectares de terre de mes parents, plus quelques autres que j’avais trouvés, des champs en friches pour la plupart, ce qui me faisait en tout une quinzaine d’hectares. Je fis l’acquisition d’un tracteur rénové de marque Fergusson, et de quelques outillages : charrue herse semoir. Par ailleurs j’avais confectionné moi-même d’autres outils dans mon atelier qui à l’époque me servait d’entrepôt pour les cyclomoteurs, motoculteurs, et cycles. Dans cet atelier les soirs d’hiver je bricolais. Je m’étais construit une remorque de deux tonnes, pour pouvoir transporter ce dont j’avais besoin : fumier, engrais, et bien d’autres choses. Tous les soirs des copains venaient, ceux-là même qui venaient lorsque j’avais le magasin. Nous parlions de tout, de la chasse, du travail, enfin il y avait toujours quelques histoires à raconter. Parmi les copains il y avait Yves Barthélémy, (dit « le Baron »), José Adamec, Lucien Bourrélly, (dit Bretelles) et un voisin, Pierre Benoît. Yves et Pierre étaient des paysans alors que José et Lucien étaient des mineurs. Tous les cinq, il nous arrivait de travailler ensemble, soit pour les labours les semailles ou la moisson. Pierre avait un caractère de chien ; il était aigri, hargneux et surtout arriéréDe plus il n’avait pas été gâté par la nature : il était petit mince courbé, pas très robuste, et était affligé d’un strabisme d’un œil, ou des deux, dur à définir !... Il avait toujours la casquette de travers et disait qu’il l’avait achetée comme cela ! Pierre était un garçon qui avait beaucoup souffert dans sa jeunesse, il en voulait à la terre entièreFils unique d’une famille de petits paysans, il habitait avec ses parents dans une ferme complètement isolée, dite « la bastide de Pécoulier ) une vieille bastide entourée de quelques morceaux de terre aride et loin de tout. Il ne se rendait pas souvent à l’école. Très jeune il fit le berger. Lorsqu’il se maria avec une fille de la campagne, ils vinrent habiter au village dans une rue face à la nôtre. Il a été le dernier au village à posséder un cheval. Il avait quelques hectares de terre en location, et de plus, il faisait quelques journées de labour de vignes. Il avait de la peine à nourrir sa grande famille. Sa femme vendait, sur le rebord de la fenêtre, les quelques légumes qu’il faisait pousser, non sans peine, entre les raies de vignes. Lucien Bourrély, retraité mineur de fond avait un grand cœur. Il l’aidait souvent avec son tracteur pour les semailles, la moisson ou autre. Tout cela gratuitement. Et Pierre trouvait encore le moyen de lui chercher disputeMais le plus souvent, Lucien ne lui répondait pas. En quelque sorte Pierre était jaloux de voir que Lucien vivait mieux que lui. Lucien l’incitait souvent à acheter un tracteur : il lui expliquait qu’avec un tracteur il ferait plus de journées de labour, et qu’ainsi il lui rentrerait plus d’argent, tout en ayant moins de peine. Eh bien, non ! Il disait : «Ce sont des engins tout juste bons à te tuer ! Non et non ! Laisse-moi avec mon cheval ! » Il ne voulait rien savoir Lucien en avait conclu qu’il avait peur du tracteur, alors cela ne lui plaisait pas et il se mettait en colère : « Mais alors ! Il te fait peur ! Pourtant, Il n’envoie pas les pieds comme ton cheval ! ». Son pauvre cheval se faisant vieux, Pierre se décida un jour, non sans peine, à acheter un tracteur d’occasion. Lorsqu’ il en parla à son ami Lucien, celui-ci le fit conduire quelques fois le sien pour le dégrossir. Pierre reconnut que c’était moins pénible que marcher toute la journée derrière son cheval. Le tracteur que pierre avait acheté n’était pas rénové, et il avait déjà pas mal d’heures de travail (Un tracteur bien mené arrivait à faire 12 à 15.000 heures de travail).Tant bien que mal, il était arrivé à l’équiper d’une vigneronne indispensable pour le labour des vignes, aussi d’une déchausseuse et d’une remorque, le tout d’occasion. Il travailla ainsi pendant quelques années Lorsqu’il passait dans le village il était fier comme Artaban sur son tracteur Fergusson rouge !. Pour rentrer chez lui, il fallait qu’il passe devant mon atelier, vu que nous étions dans la même rue. Un jour, je remarquai que son tracteur fumait à l’échappement ; cela ne voulait rien dire de bon ! Le soir j’en fis part à Lucien, Yves et José, qui comme tous les soirs après leur journée étaient avec moi dans l’atelier. Lucien me dit : « Surtout ne lui en parle pas ! Il se met en colère pour un rien en ce moment ! » Pierre était un homme très coléreux et il ne faisait pas bon se disputer avec lui. Certains jours, il faisait des séances dans la rue, criant contre sa femme ou ses enfants. Les voisins étaient habitués à ses crisesIl s’exprimait toujours en patois et ses phrases se terminaient par un chapelet de jurons à faire pâlir un évêque !.... Dans la rue où nous étions, tous les matins venait une femme qui apportait de la nourriture aux chats errants qui logeaient dans toutes les remises du coin. Il y en avait une ribambelle, à tel point que certains nommaient cette rue « la rue des chats ». Lorsque Pierre voyait la femme en train d’ouvrir des boîtes pour nourrir les matous, il devenait fou !...La pauvre en prenait pour son grade, il lui criait toutes sortes de chosesSouvent le ventre plein les chats allaient se coucher dans la paille de sa remise, il n’était pas rare de le voir sortir dans la rue en hurlant tout en faisant claquer un fouet de charretier ! Les voisins se mettaient aux fenêtres, même pas étonnés. Ils se disaient de l’un à l’autre : « C’est le père Benoit qui fait sa crise après les chats ». Pierre s’en prenait aux personnes penchées à leurs fenêtresCelles-ci ne répondaient pas et s’empressaient de refermer. Les jours passèrent, et le tracteur de Pierre fumait de plus en plus.Il me demanda pourquoi son tracteur fumait de cette manière ; je lui répondis tout en le ménageant : « Le moteur doit commencer à se faire vieux ! » Il me répondit, presque en colère : « Tu n’es pas fada, non, il marche comme une montre ! ».Je voulais lui répondre : « Oui ! Comme une vieille montre ! ». Il ne savait pas que lorsqu’un moteur commence à se faire vieux, c’est à ce moment qu’il marche le mieux. Et je savais que dans peu de temps il rendrait l’âme. Un matin que j’étais dans l’atelier, j’entendis plusieurs fois Pierre tirer sur le démarreur de son tracteur. Je me dis : » Ca y est, il a rendu l’âme. ». Quelques minutes après, je le vis arriver, énervé : « Marcel, le tracteur ne veut pas démarrer, je vide la batterie et il ne démarre pas ! »Je ne m’étais pas trompé !... Il me dit : « Toi qui t’ y connais, tu ne veux pas venir voir ? » j’avais juste la rue à traverser. Il fit encore une essai, mais en vain. Je lui proposai de le remorquer avec le mien, il accepta. Je sortis mon tracteur, je pris le sien en remorque avec un câble, et nous voilà dans la rue. Après avoir fait plusieurs fois toute la rue, il ne démarrait toujours pas, et je m’étais aperçu que de la fumée et de l’huile sortaient du reniflard ça ne trompe pas : le moteur était mort : par l’usure des chemises et pistons, la compression passait dans le carter d’huile, et le mélange d’huile et de gaz sortait par le reniflard. Après avoir remisé son tracteur, il me demanda : « D’après toi, çà viendrait de quoi qu’il ne démarre plus ? » Je lui répondis : « Le moteur est mort, il faut que tu le fasses refaire » « Mais, dit-il,il n’y a pas un moyen pour le faire tourner encore quelque temps ? » - « Non, Pierre, il n’y a rien à faire, il ne démarrera plus ! ». Il se mit à parler seul, toujours en provençal .Il disait : « Mais tu te rends compte, pour faire refaire le moteur ! L’argent que cela doit coûter ! Ça coûte combien ? » Après avoir réfléchi, je lui répondis : « Refait à neuf, par la maison Fergusson, environ un million de centimes. » Il me répondit d’un air hébété : « Un million ! Un million ! Mais tu te rends compte ce que cela représente pour moi ! » Et il répétait sans cesse : « Un million ! Un million ! ». Pauvre Pierre ! Cela me faisait de la peine de le voir dans cet état Il partit vers sa maison, sans doute pour en parler à Marcelle, sa femme. J’aurais aimé avoir une baguette magique, pour lui faire cadeau d’un tracteur neuf, mais je n’étais pas magicien Le soir même, alors que nous étions dans l’atelier avec les copains, Pierre arriva, avec sa figure des mauvais jours. (On l’aurait eue à moins). Avant qu’il arrive, j’avais fait part aux autres de l’état du moteur. Lucien et Yves m’avaient dit : « Toi qui t’y connais en mécanique ! Tu ne peux pas le lui refaire ? ». Je leur répondis : « Oui, volontiers, surtout que nous sommes en période d’hiver et qu’il n’y a pas grand-chose à faire dans les terres .Mais vous connaissez Pierre ! Il n’aura pas confiance en moiEt surtout, avec le caractère qu’il a, si par malheur je venais à faire une bêtise au remontage, je crois que je peux déménager ! » Pierre commença à parler (toujours en patois) de son tracteur : « Vous vous rendez compte de ce qui m’arrive ! Nous avons tous un tracteur : Yves et José en ont deux, en tout nous en avons sept, eh bien, c’est juste le mien qui casse » Le tout ponctué de plusieurs juronsToute la bible y passait !... Yves eut le malheur de lui dire : « Mais ne t’en fais pas, Pierre ! Il y a des malheurs plus graves que ceux-là ! » En colère, il lui répondit : « Couillon ! C’est facile de dire ça, tu en as deux, toi, de tracteurs ! Et puis, si demain il faut que tu en achètes un neuf, tu peux le faire, tu es plein d’argent ! Mais moi, où je vais prendre l’argent pour le faire réparer ? Je vais me faire une banque ? » Lucien se mit à rire : « Si tu fais une banque, ce n’est pas la peine de faire réparer le vieux, tu pourras en acheter un neuf, et plus gros ! » Pierre eut un petit sourire au coin des lèvres,qui voulait dire:« Toi aussi tu es un grand couillon ! ». Finalement Lucien lui fit une proposition : « Si tu es d’accord, Marcel te refait le moteur, il en est capable ».Pierre ne répondit pas. Lucien ajouta : « Demain, on va à Pertuis, chez Fergusson, on prend les pièces de rechange, et un peu tous les soirs, il te le refait ». Lucien me regarda et me demanda : « Tu es d’accord, Marcel, pour lui faire ? » Je lui répondis : « Si Pierre me fait confiance, c’est avec plaisir que je le refais ! ». Pierre me regarda : « C’est vrai, Marcel ! Tu pourrais me le refaire ? » Je lui répondis : » Oui, mais à une condition ! Je démonte le moteur, je le refais, mais je ne nettoie pas les pièces ! » Pierre et Lucien approuvèrent : « Ne te casse pas la tête, nous, on les nettoiera ! ». Pierre n’était pas d’accord pour aller chercher les pièces de rechange avant le démontage ! Car il avait toujours espoir que ce soit une simple panne qui l’empêchait de démarrer. Après avoir remisé le tracteur dans mon atelier avec l’aide des copains, je commençai à le désosser. Le démontage est toujours facile, surtout sur un tracteur. Deux soirs plus tard, le moteur était complètement démonté : les pièces maîtresses, chemises, pistons, soupapes et coussinets de bielles étaient à bout de course. Lucien et Pierre se préparèrent pour le grand nettoyage des pièces : un grand bac avec du gasoil, un pinceau chacun, un grand tablier pour ne pas salir leur pantalon. Après avoir établi une longue liste des pièces qu’il me fallait pour le remontage du moteur, et surtout vérifié qu’il ne manquait rien, pour ne pas retourner une deuxième fois chez le concessionnaire, le lendemain nous voilà partis avec Lucien et Pierre pour Pertuis, chez Fergusson, seul distributeur de pièces détachées de la région. Pierre n’aurait jamais cru qu’il y avait autant de pièces dans un moteur La facture était lourde, dans les 3.000 AF environ, mais je l’avais averti. A cette époque, il fallait compter trois ou quatre fois le prix des pièces pour faire faire la réparation par un mécanicien. Il s’en tirait à bon compte, mais tout de même il trouvait que c’était cher ! Les pièces de rechange étaient sur la table, il ne me restait plus qu’à procéder au remontage. J’ai toujours éprouvé un grand plaisir à refaire un moteur. Essence ou diesel, c’est toujours le même principe, quoique le diesel soit plus salissant. Ce n’était pas le premier que je refaisais, j’ai toujours eu la passion pour la mécanique, surtout pour les moteurs. Au début de mon mariage, presque tous les soirs après ma journée, souvent pénible, car c’était le temps des vaches maigres !), j’allais voir Fernand, un copain qui avait un garage : il m’arrivait de lui donner la main, tout m’intéressait .Au contraire de l’école où je suivais avec peine, là, j’apprenais avec facilité Quelques années plus tard, lorsque je travaillais à la construction du canal de Provence, le patron ayant appris que je m’intéressais à la mécanique, me sortit du chantier, de la gadoue, et me mit à travailler au garage de l’entreprise. J’étais heureux de pouvoir faire quelque chose qui me plaisait. Il y avait là deux mécaniciens, dont un très calé qui m’a appris le métier. Nous refaisions toutes sortes de moteurs. Plus tard, lorsque nous habitions Gardanne à la cité centrale, pour me faire un peu d’argent, après mon temps de travail qui était toujours du matin, de 6 à 14 h, j’allais travailler chez un garagiste, à l’entrée de la ville. Je faisais tous les travaux que l’on peut faire sur une voiture. Plus tard, j’aurais pu ouvrir un garage ! Nous voilà quelques jours plus tard Lucien et Pierre avaient fait un bon nettoyage des pièces et de tout le reste du tracteur. Tous les soirs, les copains étaient là à suivre le remontage. Mon copain José était aussi très fort en mécanique. Un soir Pierre me dit : «Marcel ! Tu crois que tu vas arriver à remonter toutes les pièces qui sont sur la table ? » Lucien répliqua : « Avec les pièces qui vont rester, il te monte un motoculteur ! » Tous les soirs, c’était les mêmes galéjades. Pendant les travaux, en s’adressant à Pierre, Lucien disait : « Quand il aura fini, tu pourras lui faire un beau cadeau à marcel ! » Pierre lui répondait, toujours en patois : « Oh Oui ! Je lui ferai un beau cadeau ! Je ne l’oublierai pas ; je ne suis pas riche, mais tout de même, je sais vivre ! » Puis vint le jour de la mise en route du moteurLe compte à rebours avait commencéAprès une dernière vérification du niveau d’huile et d’eau, la mise en place de la batterie, quelques coups de démarreur et le voilà parti dans un nuage de fumée blanche. Pierre avait un regard effrayéJe lui expliquai que c’était normal, cela venait de l’huile que j’avais mise pour monter les pièces. Le temps de lui expliquer, la fumée avait disparu. Pour ne pas nous asphyxier, je sortis le tracteur dans la rue devant l’atelier. Après l’avoir laissé tourner un bon bout de temps, il était l’heure du souper, la suite était pour le lendemain. J’avais le sourire, j’étais content de moi, j’avais fait du bon travail. Pierre lui aussi était content de voir son tracteur tourner, car je suis sûr qu’il n’avait pas confiance au départ, mais il n’avait pas eu le choix, il n’aurait pas eu les moyens de le faire réparer par Ferguson, c’était trop cher. Un tracteur est vite vieux extérieurement. Tout ce qui est câbles d’éclairage, clignotants, feux de positions, et surtout la peinture, sont en permanence exposés aux intempéries. Celui-ci avait besoin d’être refait, car il n’y avait plus grand-chose qui marchait. Vu que le moteur était tout neuf et propre, je lui demandai s’il ne voulait pas tout refaire, installation électrique et peinture. Je lui dis que cela ne lui reviendrait pas cher. Il hésita un moment puis me dit : « Oui ! Mais cela va te donner du travail en plus !» je lui répondis que cela me faisait passer le temps, surtout que nous étions dans les mois d’hiver, et que nous n’avions rien d’autre à faire. Après avoir mis le tracteur à nu, Lucien et Pierre reprirent les pinceaux pour faire un nettoyage plus approfondi, avant de recevoir la peinture. Après avoir repéré sur un papier le montage des fils d’éclairage, Je démontai toute l’installation. Un matin, Lucien se rendit à Pertuis pour acheter la peinture, une boite d’un kilo de gris, et une de rouge spéciale Fergusson, plus quelques mètres de fils de plusieurs diamètres. Le tracteur était à nu. Quelques jours plus tard, tout était prêt pour la mise en peinture. Je m’étais équipé de tout le matériel et surtout d’un masque. En premier je peignis toute la partie mécanique de couleur grise, comme à l’origine, mais je le fis un dimanche matin de bonne heure, pour être seul dans le garage. Un autre jour, après avoir sorti le tracteur, je peignis tout le reste en rouge. Une fois fini, il était comme neuf.Tout marchait à merveille, moteur neuf, installation électrique refaite. Je le fis tourner quelques heures pour le rodage, et donnai quelques conseils à Pierre pour la conduite : par exemple, au début, ne pas le faire trop chauffer, surveiller le niveau d’huile, le niveau d’eau, et surtout la température. Pierre était heureux de voir son tracteur tout neuf .Plusieurs fois, il me répéta : « Marcel ! Je reconnais que tu es le plus fort, je te ferai un beau cadeau » Lucien et les autres, Yves et José, lui disaient : « Tu te rends compte, Pierre, le travail qu’il a fait ! A présent tu as un tracteur tout neuf ! » Il répondait : «Je le vois qu’il ressemble à un neuf ! Je ne suis pas fada ! Mais je lui ferai un beau cadeau ! ». Lorsqu’il passait dans le village, je le revois agrippé au volant, assis dans une position légèrement penchée sur le côté droit, comme s’il allait prendre un virage à quatre vingt dix degrés, la casquette de travers, le mégot au coin des lèvres. Il avait le même comportement qu’une personne pas trop normale qui prend sa première leçon de conduite à l’auto-école. Les jours passèrent. Je voyais souvent arriver Pierre en fin d’après-midi avec son tracteur. En passant, il me faisait un signe de la main pour me faire comprendre que la « perle rouge » marchait bien. Certaines personnes croyaient qu’il avait changé de tracteur, cela lui faisait plaisirDans le fond, moi aussi j’étais content de voir que j’avais réussi le montage du moteur. Quelquefois Lucien me demandait si Pierre m’avait fait le cadeau, je lui répondais que non, mais cela ne me faisait rien, parce que je savais que Pierre avait fait des dépenses pour la réparation et qu’il n’était pas fortuné, et j’ajoutai que je n’avais pas fait cela pour avoir un cadeau, mais uniquement pour le plaisir de refaire un moteur, et par la même occasion rendre service à un copain qui était paniqué de voir qu’il n’avait plus son outil de travail, et surtout pas l’argent pour le faire réparer. Quelques mois plus tard, aux alentours de Pâques, alors que j’étais dans l’atelier à bricoler, Pierre vint me voir. Je lui demandai si le tracteur marchait bien. Il me répondit : « extra ! » Puis il ajouta : « Tu as un moment Marcel ? » « Oui, j’ai tout mon temps !»- « Alors, viens avec moi ! » Je ne savais pas trop ce qu’il voulait. Il se dirigea vers sa maison, dans l’arrière cour où il y avait quelques cages à lapins qu’il élevait pour sa consommation personnelle et aussi pour la vente, ce qui luit faisait rentrer quelques sous dans le ménage. Il s’arrêta devant une vieille cage et ouvrit la porte : un lapin énorme se tenait tapi dans le fond, une race de lapin aux longues oreilles pendantes, une bête préhistorique ?!! Tout heureux, il me dit : « Tu vois, Marcel, cette lapine ! » car c’était une lapine, et il continua : « J’y tiens comme à la prunelle de mes yeux ! Vé ! Elle fait presque partie de la famille ! Je ne sais pas depuis combien d’années nous l’avons ! Si tu savais l’argent qu’elle m’a rapporté ! Elle a dû faire au moins cinq cents petits ! » Et il ajouta « ho ! Sûrement beaucoup plus ! Car elle est gaillarde, elle doit peser au moins cinq ou six kilos !» Il continua en me disant, toujours en provençal : « Tu vois, je t’avais promis un beau cadeau ! Eh bien, elle est pour toi ! Je te la donne ! Tu peux la manger pour Pâques ! Vous êtes une grosse famille, mais belle comme elle est, il y en aura pour tous ».Il ajouta : « Si tu ne veux pas la prendre tout de suite, je te la garde, je ne la passe plus au mâle, comme cela elle ne sera pas pleine, car quand elles sont pleines, la viande n’a pas le même goût ! ». J’avais envie de rire aux éclats, mais que dire à ce pauvre homme qui ne savait pas vivreCe n’était pas sa faute, il ne voyait pas que son cadeau était ridicule par rapport au travail que je lui avais fait gratuitementMais du coup, j’étais à l’aise pour lui refuser, d’une part, pour ne pas le déposséder de cette lapine qui faisait « partie de sa famille » et qui lui rapportait un peu d’argent, et d’autre part il nous aurait été impossible de la manger ! Quelques jours plus tard je rencontrai Lucien, je lui racontai l’histoire du cadeau de PierreIl me dit : « Non ! Ce n’est pas possible ! Il voulait te donner la vieille lapine ! Cette vieille carne ! » J’opinai d’un signe de tête.- « Sa cage est une véritable maternité ! Tu risques de t’empoisonner avec ce genre de lapin !». Les autres copains aussi n’en croyaient pas leurs oreilles. Toutes les années, Maryse, ma femme, achetait à Pierre cinq kilos de pois chiches. Comme d’habitude, elle se rendit chez lui et lui dit : « Je voudrais cinq kilos de pois chiches comme les autre années. » Il les lui pèse, et Maryse lui demande combien elle lui doit. Pierre lui dit le prix, presque en colère, ce qui surprit ma femme. Il ajouta : « Ho ! Maryse tu t’imagines pas, parce que Marcel a réparé le tracteur, que je vais te faire des cadeaux toute l’année, non ? ! » Maryse ne savait plus quoi lui dire, elle le paya, et partit sans lui répondre. Voilà qui était mon ami Pierre, un personnage hors du commun. Quelques années plus tard, il tomba malade. C’était l’automne, il avait toutes les terres à labourer mais il ne pouvait pas le faire. Lorsqu’il partit pour un moment à l’hôpital d’Aix-en-Provence, avec les copains nous décidâmes de lui labourer les terres et de faire les semailles. Lucien savait où se trouvaient dans sa remise les graines de semence. Nous étions quatre tracteurs, chacun avait son travail. Quelques jours plus tard, tout était fini. Sa femme lui en fit part. Il était heureux de savoir que ses terres étaient toutes ensemencées, car il se faisait du souci. De retour de l’hôpital, il ne nous a jamais remerciésNous en avons été pour notre peine, plus le coût du gasoil des tracteurs. De retour chez lui, il était mal en point. Je le voyais à travers sa fenêtre, qui était face à l’atelier. Le soir, avant de rentrer chez moi, j’allais le trouver, nous discutions quelques minutes, toujours en provençal, de la campagne, du temps, de tout et de rien. Quelque temps plus tard, il nous quitta. Nous étions tous là pour l’accompagner à sa dernière demeure. J’espère pour lui qu’il est dans un monde meilleur que celui qu’il a passé sur terre. Je n’ai jamais regretté de lui avoir rendu des services. C’était un pauvre homme qui a souffert depuis son enfance et jusqu’à la fin de ses jours, en ayant eu de rares moments de bonheur. Je ne regrette pas d’avoir fait une bonne action. Dans la vie, je crois qu’il y a plus de joie à donner qu’à recevoir. .-Fuveau-2006- D M ******************* Que le monde est petit Un an après la libération, en 1946, je venais d’avoir quatorze ans. Un jour ma mère me dit : « Tu veux aller en colonie de vacances en Allemagne en forêt noire ? » je lui répondis « oui ! » Ces colonies de vacances étaient organisées par la ville de Marseille, elles s’appelaient (Ufoval). Nous étions cinq garçons du village de dix à quatorze ans à être inscrits moi j’avais passé l’âge de quelques mois vu que je suis du mois de janvier, et que cela se passait au mois de juillet août. Le maire du village ferma les yeux et m’inscrivit pour le voyage. J’étais déjà parti une fois en colonie de vacances pour un mois dans le Tarn-et-Garonne. Ce séjour avait été organisé par les écoles du village, nous étions à Beaumont de Lomagne où nous logions dans un ancien couvent. Matin et soir nous entendions les nonnes cloîtrées qui chantaient des cantiques. Comme encadrement nous avions des femmes de notre village : il y avait Mimi Rabasse, Zize Péti, Fine Toni, et d’autres dont je ne me souviens plus les noms. Beaumont est un joli petit village. Nous allions pêcher dans des petits ruisseaux la carpe japonaise, petit poisson plein d’épines. Deux fois par semaine, il y avait le marché aux bestiaux sur la place du village, cela faisait une animation. A la sortie du village on trouvait un club hippique, un grand terrain de courses avec une tribune, d’où nous allions voir courir les chevaux. Ce vaste terrain nous servait presque tous les jours de terrain de jeux. Pour la petite histoire, vingt ans plus tard, alors que je faisais le routier, je revenais de je ne sais où, je me suis retrouvé sans le savoir, dans le Tarn et Garonne, dans ce travail on roule souvent on ne fait pas attention aux panneaux indicateurs de changement de département. A l’entrée d’un village dont je n’avais pas remarqué le nom sur le panneau indicateur, je vis sur ma droite en bordure de la route un hippodrome avec une tribune. Je me dis « tu as déjà vu cette image quelque part ». Après avoir ralenti pour mieux regarder je reconnus le champ de courses de Beaumont de Lomagne. J’étais heureux de le revoir et de me retrouver vingt ans plus tard dans ce joli petit village. Je voulus m’arrêter quelque part. Enfin à la sortie du village, je trouvai une place pour garer mon immense camion et me voilà parti en pèlerinage dans les rues du village : je revis la place du marché avec tous les bestiaux alignés, je me rendis au couvent où nous étions logés, j’entendais encore dans ma tête les cantiques que chantaient matin et soir les bonnes sœurs. Je fis une halte au café du marché pour boire une bière pression, mais il me fallait continuer ma route, car un routier n’a jamais le temps de se perdre dans les champs, (comme dit la chanson) J’étais heureux d’avoir revu le village de Beaumont de Lomagne. Nous voilà tous rassemblés sur la place du village avec nos bagages. Je ne me souviens pas du moyen de transport utilisé pour nous rendre à Marseille. Après plusieurs recommandations de ma mère, nous voilà partis. Arrivés à la gare St Charles, nous fûmes regroupés avec d’autres enfants de tous les environs, la plupart d’entre eux étaient marseillais. Je n’avais pas eu souvent l’occasion de prendre le train pour aller aussi loin. Il me tardait de voir la fameuse forêt noire, que mon frère aîné Marius nous avait si souvent décrite comme une région merveilleuse pour y faire des promenades, quoique lui n’y était pas pour faire des promenades, mais pour y faire la guerre Nous voilà sur le quai de la gare, rassemblés en plusieurs groupes d’une dizaine de garçons. On nous attribua comme chef de groupe une charmante demoiselle qui s’appelait Michèle. Nous étions contents d’avoir une cheftaine aussi jolie. Après avoir pris place et laissé nos bagages dans un compartiment du wagon de queue désigné par Michèle nous avait désigné, nous étions presque tous aux fenêtres pour attendre le moment du départ. Sur le quai il y avait beaucoup de militaires, de plusieurs nationalités d’après leurs uniformes. Après quelques minutes d’attente, je vis sur le quai, à la hauteur de notre wagon un agent de la gare qui portait une casquette avec plusieurs étoiles argentées. J’en déduisis que c’était le sous-chef de gare, car je connaissais un peu les grades des agents du PLM (à cette époque, la SNCF n’existait pas encore) pour la simple raison que mon oncle Jean ( qui était aussi mon parrain) était chef de gare et avait la même casquette mais avec trois étoiles dorées ! Le préposé agita un petit drapeau, accompagné de plusieurs coups de sifflets. Quelques secondes après enfin, le train démarra. Nous voilà partis comme des conquérants pour l’Allemagne, nous étions heureux d’aller en colonie de vacances. Nous sommes restés longtemps dans le couloir à regarder défiler le paysage et s’éloigner notre Provence. C’était la première fois que j’allais aussi loin. J’avais déjà pris le train plusieurs fois, avec ma tante Nénette, la sœur de ma mère qui était la femme de mon parrain Jean. Comme il était agent du PLM toute sa famille ne payait pas le train et ma tante en profitait pour aller au moins une fois par mois au ravitaillement accompagnée d’un de mes cousins ou cousines dans la région de la Haute-Vienne. Nous étions en période de guerre, mais la région n’était pas encore occupée par les Allemand, nous étions en zone libre. Il y avait les restrictions, c’était l’époque de la débrouille. Ce train était pris d’assaut il y avait un monde incroyable, certains passaient par les fenêtres pour avoir une place assise les gens étaient assis dans les couloirs, il était impossible d’aller aux toilettes car il y avait des personnes à l’intérieur avec leurs bagages. Tout le monde avait des valises bourrées de victuailles et ce train était appelé le « train poulailler » tellement il y avait de poules, canards, oies, et autres volatiles ! Nous couchions une nuit à l’hôtel, ma tante faisait aussi le trafic du tabac ! Elle avait confectionné quelques ceintures en toile de différentes tailles pour les enfants. Le matin avant le départ elle nous mettait autour de la taille une ceinture remplie de tabac, qui nous enveloppait le ventre et le dos ce qui nous faisait doubler de volume. C’était l’hiver, moi qui avais déjà un gros manteau dont ma tante avait pris la précaution de recoudre les boutons le plus prés du bord possible, de découdre la martingale pour que le manteau soit plus ample, je ressemblais à un enfant obèse avec le visage mince. Lorsque je marchais j’étais obligé d’écarter le bras tellement mon ventre était gros en plus le tabac était humide, au bout d’un certain temps j’avais froid. Ma cousine Flavie qui était plus âgée que moi avait aussi droit à la ceinture elle ressemblait à une fillette enceinte, les gens se retournaient sur son passage cela faisait un drôle d’effet. Ma tante nous avait fait un tas de recommandations : bien rentrer le ventre rester à ses côtés, surtout à la sortie de la gare. Il nous tardait d’arriver à la maison pour qu’elle nous débarrasse enfin de ce carcan. Il nous fallut un jour et demi pour arriver à Strasbourg parce que les trains de l’armée qui transportaient du matériel via l’Allemagne avaient la priorité sur le nôtre. Nous faisions souvent de longues haltes dans les gares pour laisser passer les autres trains. Le moment le plus impressionnant et inoubliable fut le passage du Rhin : le grand viaduc en fer avait été bombardé et il ne restait q’un enchevêtrement de ferrailles. Les soldats du génie avaient construit un grand pont en bois étroit qui avait la forme d’un demi-cercle. Pour le franchir le train avançait à l’allure d’un escargot et tous les enfants étaient aux fenêtres pour voir la traversée. Nous comme nous étions dans le wagon de queue, que le train épousait la forme d’un demi-cercle, nous pouvions voir tout le train avec la locomotive en tête, le tout légèrement penché. Nous avions la sensation d’être suspendus dans les airs cela m’a fait une impression inoubliable. Nous voilà enfin en Allemagne, dans ce pays dont nous avions tant entendu parler par les adultes par les anciens de la grande guerre. Nous passions de gare en gare toujours au ralenti elles étaient toutes démolies. Même les villes que nous apercevions étaient complètement rasées, cela n’était pas très beau à voir mais le voyage continuait. Nous mangions et dormions dans le train. Lorsque qu’il était bloqué pour un long moment, il nous était permis de descendre pour nous détendre un moment car nous commencions à trouver le temps long. Au bout de deux jours et demi, de petites gare en petites gare nous voilà enfin arrivés à Mariemberg. Je ne me souviens pas s’il y avait une gare au village ni comment nous y sommes arrivés. Le village était très joli, il était intact et il n’avait subi aucun dégât des bombardements. Notre groupe était logé dans un petit château, qui surplombait le village, les autres étaient dispersés dans d’autres logements, pas très loin du château. Nous étions quatre par chambre, nous, les trois copains du même village, nous sommes restés ensemble, plus un petit marseillais : il y avait Claude Rey, Joseph Gazotti, votre serviteur Marcel, et Louis le marseillais, Louis était très gentil contrairement à d’autres petits marseillais ; nous étions devenus copains et nous étions toujours tous les quatre ensemble. Le village de Marienberg était magnifique, d’une propreté exemplaire, les maisons étaient toutes décorées de fleurs, toutes les fenêtres et les balcons étaient fleuris, toutes les petites routes qui avaient accès au village étaient bordées d’arbres fruitiers. Tous les jours nous partions faire des promenades en forêt noire, nous découvrions des endroits magnifiques, des arbres immenses, et un sous-bois merveilleux. Plusieurs fois nous avons aperçu des chevreuils et des cerfs. Dans le village il y avait quelques soldats français d’occupation. Un jour, arrivèrent en Jeep deux soldats qui nous apportaient un chevreuil couché en travers du capot. Nous étions tous là à regarder cette pauvre bête, cela nous faisait de la peine. Au repas du lendemain il y avait du chevreuil plusieurs d’entre nous n’en mangèrent pas. A Marienberg il y avait un beau terrain de foot. Les dirigeants de la colonie organisèrent un match contre des petits allemands de notre âge. Ils étaient pratiquement tous blonds, ils étaient habillés avec des culottes courtes en cuir, avec des bretelles reliées entre elles par une large bande de cuir avec au centre un écusson gravé, je trouvais cela très joli. Les Allemands étaient très polis mais ils jouaient très dur contre les französisch !. Nous avons passé un mois inoubliable, nous étions bien nourris alors que les Allemands étaient en pleine restriction. Arriva le jour du départ, nous avions passé un mois de vacances agréable. Pour nous qui n’étions pratiquement jamais sortis de notre village, nous étions allés au bout du monde, au pays des Allemands, dont nous avions tant entendu parler pendant la guerre. Nous avions vu la Forêt Noire, et traversé un grand fleuve, le Rhin, que nous ne connaissions que par les livres de géographie. Ce fut pour moi une période inoubliable Arrivés à la gare St Charles de Marseille, ce furent les adieux avec les copains, surtout avec notre ami Louis, avec le quel nous étions devenus inséparables. Les années passèrentA l’âge de vingt six ans je réussis à être embauché à la centrale thermique de Gardanne en qualité d’ajusteur mécanicien. A l’époque des révisions annuelles des groupes il y avait un grand nombre d’ouvriers en intérim, presque tous venus de Marseille. Une équipe travaillait autour des chaudières. Comme nous, ces quelques ouvriers venaient prendre leur casse-croûte dans le local qui nous servait d’atelier et nous sommes vite devenus copains. La période des révisions terminée la centrale se vidait de tous ces ouvriers intérimaires sauf quelques uns qui restèrent toute l’année avec nous. Parmi eux il y avait un dénommé Louis. Nous étions devenus amis, c’était un olympien acharné, moi j’étais un supporter de St Etienne quoique le foot ne m’intéressât guère. Notre équipe se limitait à trois ouvriers mécaniciens. Nous étions des privilégiés car nous étions toujours du poste du matin de six à quatorze heures, alors que le reste de l’atelier travaillait à la journée. Les lendemains de match si l’OM avait perdu je cherchais dans le bac à chiffons, un de couleur blanche, un autre bleu, et un noir. J’accrochais au pont roulant de l’atelier les deux chiffons et avec le noir je faisais une ganse comme un crêpe de deuil. Lorsque Louis et les autres arrivaient au travail, ils savaient qui avait fait cela. Environ 20 ans plus tard, Louis était toujours parmi nous. Un jour à l’heure du repas du midi, nous étions tous les deux devant le lavabo de l’atelier à nous laver les mains. Louis me demande : « Tu pars en vacances cet été Marcel ? » je lui réponds : « Non ! je ne pars pas et toi ? » Il me répondis « Tu sais, où j’aimerais aller ! J’aimerais aller en Allemagne ! Oui ! J’aimerais aller avec ma femme, dans un village où j’étais en colonies de vacances en Forêt Noire, il s’appelle Mariemberg ». Dans ma tête je me suis dit : « tu vas voir que ce Louis qui était avec nous dans la même chambre, c’était lui ? » Je lui demande, « tu étais logé dans un château et dans ta chambre, il y avait quatre lits ? » il me répond « Oui ! quatre lits » je continue en lui disant « Il y avait un petit qui s’appelait Claude, l’autre Joseph, et le troisième Marcel ! » il resta un petit instant silencieux, en fronçant les sourcils, il me regarde et me dit, « Marcel ! c’était toi ? » je lui réponds en souriant, « Eh oui, c’était moi ! nous étions ensemble dans le château du village de Marienberg ! » Louis ne savait plus quoi dire, je sentais qu’il était heureux. Moi aussi j’étais heureux. Un instant plus tard, il finit par dire « Tu te rends compte Marcel, depuis le temps que nous nous connaissons ! Et ne pas s’être reconnus avant ! » je lui dis « Mais Louis, tu te rends compte qu’il y a quarante ans de cela, en quarante ans on change. Nous étions petits et minces, alors qu’aujourd’hui on pèse chacun un quintal ! » il me dit « Oui tu as raison, mais tout de même cela me fait plaisir ! ». Il y avait des années que nous étions amis. Tous les matins il venait faire un tour à l’atelier pour me voir. Il a été le premier à venir me rendre visite lorsque j’étais à l’hôpital pour la première fois à Marseille. Plus tard je quittai mon travail définitivement pour des raisons de santé, mais nous sommes restés en contact. Je connais toute sa grande famille et souvent nous nous téléphonons je passe le voir chez lui ou il passe chez nous. Nous avons été heureux de nous retrouver de cette manière, qui n’est pas ordinaire et cela n’arrive pas à tout le monde. Mais les années passent, nous vieillissons ensemble avec tous les inconvénients du naufrage de la vie, car nous avons le même âge. Notre jeunesse est très loin, et Mariemberg aussi !... Salut mon ami Louis, et merci pour la grande amitié que tu me portes D-M Fuveau 2006
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