L'indomptable " Pony " Dans mon enfance, j'avais une ânesse qui s'appelait Margot, c'était ma copine, nous avons passé des bons moments ensemble, mais, nous avons aussi souffert, car nous allions, par tous les temps, faire la livraison de lait, loin de la maison : j'ai gardé des grands souvenirs de ma copine, à un tel point qu'à l'âge de soixante ans, pour me tenir compagnie et par nostalgie de mon enfance j’eus envie d’acheter un âne où une ânesse. Vu que j'habite à la campagne, que j'ai de la place autour de mon habitation, je décidais d'aller à la prochaine foire, qui aurait lieu dans les parages pour en faire l’acquisition. Le printemps, dans les villages des alentours, il y quelques foires, pour les plants de vignes, et une autre pour les machines agricoles. Souvent, on y trouve des bêtes, volailles, chevaux. J'appris qu'il y en avait une, au village d'Auriol. Me voilà parti pour la foire, dans l'idée de trouver un joli petit âne : Je fis plusieurs fois le tour de la foire, à mon grand étonnement il n'y avait pas la queue d'un âne ! il y avait toutes sortes d’animaux mais pas de baudet. J'avais aperçu trois poneys, attachés à un platane, je m'étais arrêté un moment pour bien les observer, il y en avait un qui était très beau, mais je continuais mes recherches ; j'étais fixé sur l'achat d'un âne, je refis encore une fois le tour de la foire, toujours rien ! Je me décidais de rentrer à la maison en me disant : qu'il y aurait d'autres foires dans les environs et que je trouverais mon petit âne ! Chemin faisant, je repasse devant le platane où étaient attachés les poneys. Je m'arrête pour regarder encore une fois, celui qui était si beau. Le maquignon m'avait remarqué au passage précédent, il s'approcha de moi, et me dit : « Il est beau celui là ! » je lui réponds : « Oui ! Il est très beau! » Effectivement, il était magnifique, il avait l'œil vif...C'était un poney de taille moyenne, avec une très belle robe d'un marron, qui tourne dans le rouge, avec des grandes taches blanches, une longue crinière blonde, la queue, qui touchait presque le sol. Je restais un moment à le regarder ; il me plaisait de plus en plus. Je demandais au maquignon, combien il le vendait : à ma demande, il calcula un instant.... Puis il me répondit : « trois mille AF francs ! » Il ajouta : " Il a tout juste quatre ans ! Vous faites une affaire Monsieur ! Profitez, à ce prix là, vous n'en trouverez pas d'aussi beau ! Puis, vous savez, il est calme ! Et, affectueux ! » Le prix me convenait, quand à l'âge, je n'étais pas certain pour les quatre années.... Mon père, m’avait appris, ainsi qu’à mes frères à lire l'âge des chevaux selon la longueur de leurs dents de devant, ou le creux du dos, entre le garrot et la croupe, à le voir il paraissait jeune..... J'aurais préféré acheter un âne, mais enfin faute d'âne.... Je demandais au vendeur, si je le prenais, comment en assurer le transport : « Pas de problème pour cela ! Je vous le livre tout de suite chez vous ! » Cinq minutes plus tard, le poney était chargé dans un fourgon, et nous voilà partis en direction de sa nouvelle demeure. Lorsque nous arrivâmes, ma femme sortit de la maison, en me disant : " ça y est ! tu l'as acheté ton petit âne ! " Je lui dit : "oui ! Mais il a un défaut ! Il est rouge et blanc ! " Une fois descendue du fourgon, elle trouva le poney magnifique. Après l'avoir attaché à un anneau : je réglais ma dette au maquignon, qui repartit aussitôt. à présent il me fallait le mettre dans le champ autour de la maison. J'avais prévu, un piquet en fer avec une longue corde : une fois le piquet enfoncé, j'attachais le poney que j'avais baptisé du nom de Pony, je trouvais que c'était un joli nom qui allait bien à un poney ! Lorsque je le conduisis dans le champs, je m'aperçus qu'il était sauvage....Je voulus lui caresser la tête, il eut un geste brusque de recul : avec des yeux effrayés : moi qui connaissais les chevaux depuis mon enfance, je trouvais qu'il avait un comportement qui n'était pas normal, mais je me disais : « Il ne te connaît pas ! La bruit de la foire, le transport, tout cela l'aurait perturbé ? ». De temps à autre, j'allais le voir, il était toujours là, au bout de sa corde, je m'approchais de lui lentement pour le caresser, il me fut impossible de le toucher : j'eus l'idée d'aller chercher une friandise : après m'être assis sur une chaise, au pied du piquet, je lui fis voir un sucre, que j'avais mis dans le creux de ma main, il s'approcha lentement, il le pris avec méfiance, de l'autre main, je fis le geste de lui caresser la tête, il fit un écart en arrière, puis, il ne s'approcha plus de moi, je me disais : " Avec de la patience, il finira par s'habituer à toi ! ". Les jours passèrent, et Pony était toujours aussi sauvage.... Entre temps j'achetais tout le matériel indispensable, pour monter un enclos électrifié, pour qu'il soit en semi liberté, qu'il puisse gambader autant qu'il le voulait, les travaux terminés, il avait environ, trois mille mètres carrés de terrain, avec de la belle herbe fraîche, il avait de la place, il pouvait gambader, et manger à volonté. Nous étions à la fin du printemps, les nuits ne sont pas froides, donc, il pouvait les passer dehors à la belle étoile. Mais tout de même, je me suis dit : " S'il venait à pleuvoir, il n'aurait rien pour se mettre à l'abri ! " Je décidais d'aller voir dans une grande surface, les prix et les dimensions dune cabane en bois, il me fallait un modèle qui soit assez grand, pour qu'elle lui serve d'abri les jours de pluie et surtout d'écurie l'hiver, pour le renfermer le soir, et lui ouvrir le matin, et surtout pour qu'il soit à l'abri des intempéries. Avec l'aide d'un ami, voilà le montage de la cabane terminée, elle était magnifique !. Après lui avoir mis un bon lit de paille, et laissé les deux portes ouvertes, pour que Pony puisse y entrer. Dans l'espoir qu'il devienne gentil avec moi, j'avais acheté par l'intermédiaire d'un copain, un petit boguet, (noir et rouge) monté sur deux roues de moto, plus tout l'attelage qui va avec, ce dernier était magnifique : tout en cuir noir, sur la bride étaient sertis des petits miroirs ; je comptais faire des petites randonnées, ou monter au village avec lui : comme je le faisais avec Margot lorsque j'étais enfant. Mais Pony, était toujours aussi sauvage, il s'approchait de moi, que si j'avais une friandise dans la main, que je lui faisais voir du bout des doigts, alors là, il s'approchait lentement : j'ai passé des heures dans un fauteuil, au pied d"un arbre, il faisait comme s'il ne me connaissait pas. Mais il n'était pas bête...Dans son enclos, il y avait tous mes arbres fruitiers : nous étions à la fin du printemps, il y avait pas mal d'arbres qui portaient des fruits, dont deux cerisiers, un avait les fruits mûrs, mes arbres étaient taillés très bas, de ce fait, je pouvais d'assis, cueillir aisément les cerises. J'appelle Pony, tout en lui faisant voir les quelques cerises, le voilà qui arrive lentement ! Il venait prendre les cerises : j'en profitais pour lui toucher le dessus du museau, il se reculait, comme pour me dire :" Hop-là, pas trop de familiarités !" Mais il revenait lentement, car il était gourmand ; dans les jours qui suivirent il les mangea presque toutes mais notre amitié n'avait pas avancé d'un noyau de cerise ! (Sacré Pony !). il y avait un jeune abricotier qui cette année là, portait pas mal de fruits, qui pour le moment n'étaient pas mur, l'arbre était de petite taille, en allongeant un peu le cou, il pouvait aisément les atteindre, il mangea les quelques fruits qui étaient au sol, il devait avoir trouvé, que c'était bon, et dans un jour il mangea tous les petits abricots, sauf quelques-uns qui étaient inaccessibles. J'étais découragé : je le contemplais, il était admirable, jamais je n'avais vu un poney aussi beau, j'aurais voulu qu'il devienne mon ami mon copain, qu'il me suive, comme souvent le font les animaux lorsqu'on s'occupe d'eux. Je m'en voulais, moi, fils de paysan, élevé au milieu des chevaux, qui depuis mon plus jeune âge avais travaillé avec eux. Malgré sa fougue Pony ne me faisait pas peur, mais j'avais un handicap, des (prothèses de hanches) aux deux jambes, j'avais peur que sur un mauvais mouvement je tombe et que je me luxe l'une d'elles, cela m'était déjà arrivé deux fois....C'est pour cette raison que je ne pouvais pas le tenir fort par l'encolure, et arriver à le maîtriser.... Quant à la cabane ! Il n'a jamais mis un sabot à l'intérieur, un jour de pluie, je le surveillais....Pour voir s'il avait compris que cette cabane était faite pour lui, pour qu'il puisse s'y mettre à l'abri.... Et bien non ! Il préféra rester sous la pluie.... Elle ne devait pas être au goût de Monseigneur Pony ! (Peut-être il aurait fallu lui dérouler le tapis rouge, comme les grands de ce monde ) Ce n'était pas un poney que j'avais acheté, mais un âne rouge ! Un jour un copain, (José), vient chez moi, voir le poney. Lui aussi était habitué aux chevaux, il en avait plusieurs dans un grand champs voisin à la Grand-Bastide. Après avoir parlé de Pony, il me proposa de venir avec sa fille Hélène, faire un essai pour l'atteler au boguet. Le jour prévu, José et sa fille arrivèrent, il alla droit sur Pony, il l'attrapa par l'encolure pour le maîtriser, José, est un solide gaillard, pony se cabra, il emporta José avec lui, en quelque sorte, il faisait une lutte : pendant qu'il le maîtrisait, comme convenu, sa fille, lui passa non sans peine, le mors dans la bouche, elle réussit à lui enfiler la bride, à partir de ce moment, de sentir le mors sur ses gencives, il se calma : ils le sortirent de l'enclos pour l'atteler au boguet, après lui avoir posé le harnais : le voilà dans les brancards, fin prêt à prendre la route..... J'étais heureux de voir que José l'avait dominé, je pouvais enfin le voir attelé à son boguet, José monta sur la banquette, tandis qu’ Hélène le tenait par la bride, elle commença à descendre le chemin, moi je suivais derrière, je ne voulais pas monter sur le boguet, rapport à mes jambes ; arrivé sur le chemin du bas, jusque là, tout s'était bien passé, Hélène monta au coté de son père, Pony reprit tranquillement sa route, je croyais que c'étais gagné mais lorsqu'il eut fait une trentaine de mètres, je ne sais pour quelle raison, tout a coup il fit un écart sur la droite du chemin et le boguet se renversa dans le petit fossé, ainsi que sa cargaison ; je me sentais heureux de ne pas être monté au coté de José...... Hélène, le reprit par la bride et le reconduisit au point de départ, après l'avoir dételé et remis dans son enclos. José en avait déduit qu'avec de la patience, en l'attelant un peu tous les jours, il n'y avait pas de raison, à ce qu'il ne se calme, et qu'il en prendrait vite l'habitude. Tout cela je le savais bien ! Mais il y avait cette histoire de prothèses ! Je ne pouvais pas me permettre une imprudence, je ne voulais pas, que par sa faute, faire encore un séjour à l'hôpital. J'étais extrêmement déçu ! Mais que faire... Pony était une bête anxieuse, il était perturbé par la solitude. Un jour, je l'entendis hennir plusieurs fois tout en regardant vers le bas du chemin, je me demandais pourquoi, il hennissait ! Tout à coup je vis apparaître deux cavaliers : Pony partit au grand galop jusqu'au coin de la clôture en direction des deux chevaux, il était comme fou, il tournait en rond, d'une manière saccadée, il secouait sa tête dans tous les sens, il cherchait à sortir, pour les rejoindre, il était déchaîné. Depuis ce matin là, il restait des journées entières au coin de l'enclot à attendre que passent à nouveau les chevaux.....Pauvre Pony, il me faisait de la peine : je n'aime pas voir souffrir les animaux... Je savais bien que, lorsqu'on achète un cheval, ou un âne, il ne faut pas qu'il reste seul, il lui faut un compagnon, soit, un mouton, une chèvre, ou un autre animal : une bête seule dans une clôture s'ennuie, quelques fois elle déprime et finit par mourir de solitude. Cela n'arrive pas dans les fermes, où le cheval travaille, et où y a toujours du monde autour de lui. Il fallait que je prenne une décision, avant l'hiver, vu qu'il ne rentrait pas dans son écurie, je ne voulais pas qu'il passe les nuits froides dehors, aux intempéries, il ne me restait plus qu'une solution, m'en séparer, le revendre ! A qui ! Je me décidais d'aller voir les poneys clubs de la région, après en avoir contacté plusieurs, personne ne voulait de Pony, au même prix que je l'avais payé. Finalement je me suis rendu chez une personne qui possède un Club Equestre, à la sortie du village de Trets : elle non plus ne le voulait pas, elle me dit : " vous comprenez, j'en ai déjà une dizaine, plus les chevaux, cela me suffit !" Je finis par lui dire : " Je vous le donne !" alors là, elle était d'accord, cela me donna envie de vomir...Le lendemain matin : "Avant que je change d'idée ! " arriva un camion, qui emporta mon petit Pony, qui malgré toute l'attention que je lui avais porté n'a jamais voulu devenir mon ami....comme l'était devenu ma copine Margot.... Je réussis à vendre à un ami de mon neveu, le boguet, les harnais, plus toute la clôture électrifiée : je n'avais perdu que le prix de Pony, ce qui est déjà pas mal... Dans tout cela, il me restait la cabane : la belle cabane, en sapin de Norvège : une fois Pony parti, je l'avais aménagé en cabane de jardin, j'y entreposais tous mes outils. Une nuit un vent d'Est épouvantable avait soufflé à plus de cent kilomètres à l'heure le lendemain matin, à mon grand désagrément, ma cabane n'avait plus de toiture, le grand vent l'avait arrachée, et envoyée à plus de dix mètres. Vraiment : rien ne me réussissait. Malgré mon handicap, avec de la patience et du courage, un peu tous les jours, je remis la toiture en place : non sans peine... Environ deux mois plus tard, un dimanche matin, je décidais d'aller voir Pony, chez sa nouvelle propriétaire : ce club hippique est très grand, il y à deux grands manèges, un couvert, un autre en plein air, il y a aussi un grand nombre de box... Après avoir aperçu la patronne, je lui demande où se trouvait Pony, elle me répondit : " il se trouve au manège couvert !" Puis elle continua :" Vous m'excuserez ! mais il y a beaucoup de monde, je ne peux pas rester avec vous !" Je la comprenais : je me dirigais vers le manège couvert, il y avait là environ une vingtaine de poneys : le manège est très grand, les poneys étaient loin de moi dans le fond, mais d'après les traces qu'il y avait au sol, je compris qu'ils faisaient le tour, et qu'ils allaient passer prés de moi : ils marchaient en file indienne, il me tardait de les voir passer, devant moi, pour apercevoir Pony..... Où je me trouvais, ça faisait comme un tribune : la file indienne approchait, lorsqu'elle passa devant moi ; à dix mètre environ...Je crus tomber à la renverse : il était là ! Devant moi, lui, Pony, l'indomptable ! Devenu doux comme un agneau ! A suivre la colonne de poneys ! Celui qui n'avait pas voulu devenir mon copain, était à ce jour, monté par une petite fille. Il était magnifique, c'était le plus beau de tous, avec sa robe rouge tachée de blanc, et sa longue crinière blonde. Maintenant qu'il était calme, J'aurais voulu le reprendre, le remettre dans l'enclos, et qu'il devienne mon copain ! Mais je rêvais, il était trop tard..... Je suis retourné plusieurs fois le voir. Un jour, il était attaché à l'ombre, avec deux autres poneys, c'était la première fois que je pouvais le toucher, je ne sais pas s'il m'avait reconnu, il ne manifesta aucune réaction lorsque je lui parlais, je lui avais apporté quelques grains de sucre, je le caressais, il se laissait faire...Il était dompté : chose que je n'ai pas pu faire, rapport à mes jambes... En souvenir de lui, il me restait la cabane "Norvégienne" Mais le sort s'acharna sur elle....Le même vent, venu du même endroit, avec la même force, projeta sa toiture encore plus loin, mais cette fois, en mille morceaux, elle était irrécupérable, décidément, je n'avais pas eu une bonne idée de vouloir acheter un âne, histoire d'avoir un compagnon animal pour mes vieux jours, il m'aurait rappelé de temps à autre la vie de la campagne, le bon temps de mon enfance. Le cheval, ou l'âne, est un animal, qui depuis le nuit des temps, est l'ami de l'homme, il a été créé pour nous servir, et facilité notre tâche, aussi pour nous apporter un peu de bonheur, il est fier, mais il est de nature sensible, il nous offre sa bravoure. Si on lui accorde sa confiance, toute sa vie il sera loyal et il restera notre meilleur ami....Chose que l'on trouve pas toujours chez l'être humain.... Je ne pouvais pas laisser le cabane dans cet état : la toiture était irrécupérable, je décidais de la démonter complètement, je récupérais toutes les planches J'avais bien une idée derrière la tête, mais pour cela, il fallait que je face une installation, pour que je puisse travailler d'assis. Pendant quelques années, j'ai exerçais le métier de routier, international, j'ais sillonnais toutes les routes de France, et pas mal de pays étrangers, il n'arrivais souvent de traverser la Hollande. Dans la région de (Zaamdam) en période de printemps, c'était une féerie de couleurs, des champs de tulipes multicolores, de bégonias, sur un fond de terre noire, en toile de fond, une multitude de moulins, avec leurs grandes ailes déployées, cela ressemblait à un tableau. Je m'étais toujours dit : "Si un jour tu en à l'occasion ! Tu en construiras un ! " C'était le moment ou jamais.... Me voila en train de travailler, un peu tous les matins au montage du moulin : j'y mettais de l'application, pour bien le faire, car j'avais le temps, et puis je m'étais dit que c"était la dernière chose (Bricolage) que j'entreprenais, petit à petit il prenait forme, puis vint le jour de l'assemblage des panneaux, et le montage équilibré des ailes, la mise en peinture, et le transport dans le champ devant ma maison, de manière à ce que je le vois tourner. Voilà mon moulin (Bleu) avec ses grandes ailes blanches, mon rêve d'enfant était réalisé.... Voila comment se termine l'histoire de Pony, qui n'a pas voulu devenir mon ami, et de la cabane en pin de Norvège, transformée en Moulin de Provence. Souvent des enfant, accompagnés de leurs parents, viennent voir tourner au grés des vents. les grandes ailes blanches : du moulin bleu, construit par un vieux grand-père, à la recherche de son enfance... D M ************************* Les Gens de la Terre Qu'il faisait bon vivre à la campagne dans les années quarante, au temps de mon enfance et de ma jeunesse. Il n'y avait aucun bruit de moteur. Il y avait les bruits courants de la nature, on entendait seulement le claquement des sabots des chevaux sur les chemins pierreux ; le bruit que faisait le roulement des roues des charrettes, et parfois résonner les commandements du charretier. Il était beau de voir tournoyer dans le ciel les hirondelles qui venaient sans répit donner la becquée à leurs petits dans les nids accrochés aux poutres de la grange, ou sous les faîtières des toitures. Autour du grand bassin d'arrosage qui l'été nous servait de piscine ! Il y avait une multitude de bestioles : des papillons de toutes les couleurs qui virevoltaient dans tous les sens, des libellules, « demoiselles » qui posées au sommet d'un roseau se laissaient balancer par le léger souffle de vent. La nuit nous avions droit à un concert gratuit, l'orchestre était composé de grenouilles qui coassaient toujours sur la même note accompagnées du hululement des chouettes qui s'interpellaient d'un platane à l'autre, et aussi le chant des grillons et des courtilières. Il est agréable, lorsqu’on est un enfant de s'endormir bercé par ce magnifique orchestre dirigé par le « Maestro Nature ». Des l'aube, nous étions réveillés par le chant des coqs. C'était l'heure où les gens de la terre commençaient leur dure journée. En ce temps-là le travail se faisait à la force des bras : souvent dans la sueur. Avec comme seul auxiliaire le cheval, cette brave bête qui à rendu pendant des décennies d'énormes services dans le monde paysan ; il était soigné souvent mieux qu'un ouvrier de ferme. Bien souvent il était le seul capital du petit paysan ; sa perte était une catastrophe. De nos jours il sert à divertir les adultes et les enfants. Il est emprisonné dans un enclos plus ou moins grand ; plus ou moins bien nourri : souvent sans aucun abri, au vent, sous la pluie, et dans la froidure de l'hiver.... Si vous demandez à son propriétaire si son cheval n'a pas froid l'hiver à rester dehors par tous les temps. Il vous répondra : « Ah non monsieur ! Il n'a pas froid du tout ! Ah non ! Il est rustique le cheval ! Il ne craint rien ! Vous savez Monsieur ! Les chevaux sauvages, ceux qui vivent dans les steppes, dans la toundra, ils sont toute l'année dehors ! et ils n'en meurent pas ! » Si les vieux paysans entendaient de tels propos, ils deviendraient fous. Alors que de notre temps mon père nous faisait boucher, le moindre trou où risquait de passer un courant d'air.... Notre bastide était au centre de quelques autres plus où moins grandes, sur notre droite nous avions, la Grand-Bastide. A cette époque elle était la propriété de la famille Abeille. C'est plutôt une gentilhommière, qu'une bastide : avec des dépendances qui servaient de logement pour les ouvriers agricoles qui travaillaient tous pour le maître. « l'ou méstré » parmi eux il y avait un résinier (Landais) Mr Delherbe, son travail consistait à gemmer dans les collines de pins environnantes ; presque tous les pins adultes avaient une longue entaille contre leurs troncs, un petit pot en terre cuite était placé au bas de l'entaille pour récupérer la résine ; en plus des bonnes odeurs de nos collines provençales, on pouvait sentir celle de la térébenthine. Mr Abeille, était un homme passionné de chasse. Lorsqu' arrivait l'automne au moment du passage des alouettes, il venait s'installer contre le mur d'un vieux cabanon qui se trouvait en plein champ face à notre bastide, il mettait à une quinzaine de mètres de lui un appareil appelé (miroir), ce dernier était taillé dans du bois, il avait la forme d'un oiseau, avec les ailes déployées, il était recouvert partiellement de petits miroirs qui attiraient les alouettes de passage. Souvent, Mr Abeille venait le jeudi car il savait que je n'allais pas à l'école ce jour là. Sitôt que j'entendais un coup de fusil ; après que ma mère avait pris la précaution de bien me couvrir, je sortais sur le chemin pour me faire voir ; Mr Abeille me faisait signe de venir le retrouver. Il me disait, d'un air ravi : "Assieds-toi là Marcel !" Tout en me désignant un sac de jute qu'il avait pris la précaution d'étendre à ses cotés ; car le parterre était gelé, surtout à l'ombre du mur. Après m'avoir donné la ficelle qui actionnait le miroir il avait les deux mains libres pour pouvoir ajuster son tir. A cette époque il y avait beaucoup d'alouettes de passage ; il avait un sifflet « appeau » qui imitait le (tilouli, tilouli) de l'oiseau, ce dernier venait papillonner quelques secondes sur le miroir, et "Pan !"....elles mouraient de curiosité ; Je partais en courant la ramasser et je rejoignais mon poste pour continuer à tirer la ficelle. A la fin de la matinée je ramassais les douilles vides qui étaient presque neuves, que je donnais à mon frère Marius qui les rechargeait pour la chasse aux lapins. Mr Abeille été satisfait de sa chasse, après m'avoir remercié il regagnait son domaine..... La Grand-Bastide, est très belle elle est bordée de platanes d'une hauteur immense, qui sans doute n'ont jamais été taillés, il y a aussi des marronniers, des cyprès, le tout entouré de verdure : cette verdure est due à une source qui coule depuis la nuit des temps....L'eau est fraîche et limpide ; elle est canalisée vers plusieurs fontaines, lavoirs, bassins. Devant l'habitation de Mr Roche, se trouve un abreuvoir ou l'eau coule en permanence, par trois sorties ( je revois s'abreuver le cheval blanc de son grand-père,) Toute cette eau s'écoule dans un ruisseau qui se déverse dans la rivière de l'Arc. Que de personnes ! se sont rafraîchies à cette source, à l'ombre des grands platanes au moment des grosses chaleurs : certains pour y boire (l'absinthe), d'autres pour y faire des grands repas, soit pour fêter la fin de la moisson, de la vendange ou pour honorer un saint ; que de grillades faites aux sarments de vigne (tradition Provençale) : le tout bien arrosé, dans la joie et la bonne humeur, comme savaient le faire les gens de la terre. Au dessus de la Grand-Bastide, non loin de la grande bergerie qui de nos jours est transformée en appartement : il y a une grande aire qui est (envahie par les herbes !), elle servait à fouler les récoltes de blés, orges ; ce travail était épuisant, tout le jour au soleil à retourner les gerbes et la paille : accompagner part les chevaux, attelés à de gros rouleaux de pierres ; à quelques mètres sur le bord de l'aire se trouve un grand chêne plusieurs fois centenaire, son ombre servait aux personnes qui besognaient sur l'aire de pouvoir se mette un instant à l'ombre, et surtout pour pendre les gargoulettes, entourées d'un sac mouillé gardaient la fraîcheur de l'eau ou du vin ! J'ai connu dans ma jeunesse, l'époque où on liait les gerbes à la main, c’était surtout le travail des femmes. Le soleil à peine levé nous étions sur place. Le matin, avec l’humidité de la nuit, la paille est plus souple, donc plus facile à lier. Avec une poignée de paille prise à la gerbe qui était à terre, on fabriquait un lien qu’il fallait ensuite passer sous la gerbe, faire un tortillon sur le dessus, comme pour une ceinture. C’était un coup à prendre. Certaines femmes allaient très vite. Une fois toutes les gerbes liées, on les entassaient les unes sur les autres pour former des (Garbaillrons) petits gerbiers, Il y en avait de plusieurs sortes : des ronds pour l’avoine, rectangulaires pour le blé, d’autres en forme de pointe pour l’orge. Pour quelle raison ? Et bien, Je ne le sais toujours pas. Lorsque toutes les gerbes étaient liées, que les petits gerbiers étaient montés, quelques jours plus tard on passait faire le chargement des gerbes, avec une charrette, pour ramener la moisson sur l’aire à la Bastide, Pour transporter du foin ou des gerbes la charrette était équipée à l’avant et à l’arrière de deux grands cadres en bois (les échelettes). Charger une belle charrette de gerbes était tout un art : les paysans d’autrefois mettaient un point d’honneur et d’orgueil à faire une belle charretée, surtout si elle devait traverser le village. Le chargement terminé il fallait le biller : deux grosses cordes de billages étaient envoyées par dessus la charrette, de l’arrière vers l’avant. Elles étaient attachées solidement à l’avant à des anneaux; il y avait une (bille), sorte de treuil en bois muni d’un cliquet où la corde venait s’enrouler. On actionnait ce treuil avec un gros manche de bois (taravelle), pour tendre les cordes. La charrette pouvait alors sortir du champ, mais il fallait en cours de route retendre les cordes. Souvent, la charretée était si grande, et si bien chargée, que lorsque l’on était assis dessus, nous les plus petits, nous ne voyions plus le cheval. On se cramponnait aux cordes. Parfois, si la sortie du champ était mauvaise, ou si une côte se présentait, on attelait un cheval supplémentaire devant celui qui se trouvait dans les brancards. Ha ! le bon temps que nous avons vécu ! avec mon frère Noël, descendre de la charrette qui nous paraissait à une hauteur immense, nous posait souvent un problème !. A la fin la guerre de quarante, les grandes batteuses mécaniques avaient repris du service, en principe elles ne se déplaçaient que pour les grandes propriétés, quelquefois, les petits paysans regroupaient leurs récoltes sur les aires voisines. Pour battre la moisson, la batteuse était placée entre les gros gerbiers de blé, d’orge ou d’avoine. Elle était entraînée par un gros tracteur de l’époque, souvent à chenille. Sur le côté du tracteur, il y avait une grosse poulie qui entraînait le mécanisme par l’intermédiaire d’une longue et large courroie de cuir. Cet écartement entre le tracteur et la batteuse diminuait les risques d’incendie. Ces battages occupaient une douzaine de saisonniers, quelquefois plus, ils étaient robustes : et gagnaient pas mal d’argent. Les uns sur le gerbier, envoyaient les gerbes sur la batteuse : un autre coupait les ficelles ; les gerbes tombaient dans la batteuse, les épis passaient alors dans un batteur et un tamis à l’intérieur de la machine. La paille était ensuite expulsée vers l’arrière où elle sortait en grosses balles maintenues par des fils de fer. Deux ou trois hommes les chargeaient sur leur tête et construisaient un paillé, une fois terminé, le paillé était superbe. Les grains remplissaient des sacs en toile de jute sur le côté de la machine. Il n’y avait pas de journée de repos, ni dimanche ni jour férié, encore moins les 35 heures. Les hommes travaillaient du lever du jour à la tombée de la nuit. Tard le soir, ils faisaient leur toilette au puits ou dans un abreuvoir, ou à un autre point d’eau. Je me souviens que lorsqu’ils battaient à la bastide voisine du père Mallet, ils venaient tous se laver et prendre un bon bain dans notre bassin. La nuit, ils dormaient sur le paillé ou sur les sacs de blé. Avant le coucher, le patron de la batteuse leur confisquait les cigarettes, les briquets et allumettes, question de sécurité.... La journée était coupée que par la pause des repas, mais quels repas ! La ferme qui faisait venir la batteuse, devait faire la tambouille pour tout le monde. Les repas du midi, et du soir étaient des repas pantagruéliques, Il y avait de tout sur la longue table faite de tréteaux et de planches, toujours installée à l’ombre, sous les arbres. Pensez qu'à cette époque, dans la plupart des bastides, il n’y avait pas l’électricité, aucun appareil ménager, pas d’eau à l’évier, il fallait aller chercher l’eau au puits, pas de cuisinière au gaz, seulement une cheminée au feu de bois. Les femmes avaient bien du courage et du mérite pour faire la cuisine en plein été devant une cheminée. Elles préparaient toutes sortes de plats : des grosses soupes épaisses et nourrissantes, de grandes marmites de daube, des civets de lapins ou de lièvres (souvent tués pendant la moisson), de grillades, saucisses, morues à la (matrasse), des desserts melons d’été, des crèmes faites au lait de chèvre ou de brebis. Il ne manquait rien. Le matin, le petit déjeuner était un véritable repas: souvent la soupe de la veille, des dizaines d’œufs au plat avec du petit salé, des omelettes de toutes sortes, plus de la cochonnaille, des bouteilles de vin, ou carrément une bonbonne de rouge au centre de la table ce vin, souvent fait à la ferme : le verre laissait des ronds rouges sur le bois de la table, pas de nappe, pas de serviette de table, comme dit la chanson de Jean Ferrat : « ils s’essuyaient d’un revers de manche les lèvres » Ils refermaient leurs couteaux suisses, ou opinels, ensuite repartaient à leur dur labeur... Quelques années plus tard, est apparue la moissonneuse-batteuse. Cette fois, c'en était fini des traditions et du folklore des moissons. Les aires avaient disparu, la javeleuse, la moissonneuse-lieuse, les rouleaux, le tourniquet, les fourches en bois, la tarare, tout ce matériel, que tant d’hommes et de femmes, avaient utilisé pour vivre, et faire vivre leur famille ! Ce matériel a fini à la casse ou dans certains musées de l’agriculture ! La batteuse n’était plus sur l’aire, mais dans les champs. En contrepartie, le travail est bien plus sûr, plus rapide, et aussi moins pénible ; les cabines des moissonneuses aujourd’hui sont toutes climatisées, insonorisées, confortablement équipées, il y a même le radio !. En quelques heures de moissonneuse-batteuse, on fait aujourd'hui le travail d’un mois sur l’aire, avec la peine en moins, sous un soleil de plomb. Peu avant Noël, nous passions des soirées, à trier les têtes d'ails (aulx) ; qui servaient de semence. Tout en écoutant la tsf. Toute la famille y participait ; ce travail consistait, à détacher les plus belles gousses de la tête. Avec mon frère Noël, nous avions de la peine : avec nos petites mains. Mais tant bien que mal, nous faisions notre travail. Le, ou les jours suivants, il fallait les planter ; pour faire ce travail mon père embauchait quelques femmes du village. A cette époque il y avait beaucoup de femmes qui se louaient au travail de la terre. Nous avions chacun un tablier autour de la taille ; ce dernier avait une grande poche sur le devant que nous remplissions de gousses... Après que mon frère ait tracé plusieurs raies avec le cheval : la plantation pouvait commencer ; chacun de nous prenait une raie, et plantions les gousses d'ails, espaçais des unes aux autres, de 10 centimètres environ. En décembre en Provence, il fait des belles journées. Mais il y avait des jours, où il y avait du mistral, le froid était insupportable. J'ai le souvenir d'une fin de journée, où il était presque l'heure de s'arrêter. Je ne pouvais plus ramasser les gousses qui me glissaient entre les doigts tellement j'avais mal aux mains à cause du froid qu'il faisait. Personne ne se plaignait mais il nous tardaient que la journée se termine : pour pouvoir se mettre au chaud. Cette période était la plus mauvaise, et la plus dure de l'année... Au printemps, nous nous retrouvions presque la même équipe. Mais cette fois le travail consistait à sarcler les ails, ce travail était pénible, mais c’était la seule manière pour enlever les herbes qui se trouvaient entre les plantes. Mon père nous donnait la consigne à mon frère Noël et moi. Il fallait que nous soyons toujours devant les femmes pour donner l'exemple ; sans quoi elles discutaient entre elles, et se relevaient à tout moment ; ce qui ralentissait le travail. Mais il ne tenait pas compte que nous n'avions que douze et treize ans...ils étaient durs les hommes de la terre !.... Quelques temps plus tard, a la belle saison : il y avait la moisson, puis la vendange, suivie par les labours. Et le cycle recommençait ; le temps des labours n'était pas très pénible par rapport aux autres travaux de l'année. Pour faire des gros labours, il fallait de six ou huit chevaux attelés par deux " en couple, dans le parler des paysans ". Les deux plus puissants étaient les premiers devant la charrue, deux autres devant plus les deux de tête, cela faisait un sacré attelage de dix à douze mètres de long environ. Pour les atteler avec tout ce harnachement de colliers, traits, crochets, guides pour chaque « Couple » il fallait être du métier. Rare était les paysans qui possédaient six ou huit chevaux : ils se les prêtaient les uns aux autres, mais il fallait se rendre les journées. Les labours d’hiver duraient souvent plus d’un mois. Les paysans attelaient le matin lorsque le soleil était levé. Souvent il y avait une petite gelée blanche, la " blanquade " d’automne. Celui qui conduisait les chevaux, avait du travail à les surveiller, car dans le nombre il y avait des tire au trouflanc. Il se fiait à la hauteur des trois palonniers qui se trouvaient, juste devant la charrue. Lorsqu’il voyait un palonnier en arrière par rapport à l’autre, avec le bout de son fouet il donnait un petit coup sur la croupe du traînard, mais sans jamais lui faire mal : rares étaient les paysans qui maltraitaient leurs bêtes ; ils étaient montrés du doigt et ils n’avaient pas une bonne réputation. Il en était de même pour celui qui avait un cheval maigre, ou sale. Souvent les chevaux ne se connaissaient pas ; il y avait un peu de bousculade dans les rangs au départ : mais rien de bien méchant. Après quelques aller-retour de labour, tout rentrait dans l’ordre. Lorsque les chevaux arrivaient au bout du champ, pour pouvoir continuer à labourer, les premiers commençaient à tourner, les deux autres de derrière les suivaient, les deux derniers, les plus gaillards qui étaient attelés juste devant la charrue, avaient le dur travail de continuer à tirer pour pouvoir sortir le soc de terre sur quelques mètres. Les pauvres bêtes faisaient le travail de six ou huit chevaux : sur quelques mètres... Ces labours d’hiver, faits avec une grosse charrue, servaient au printemps pour la culture des aulx : des melons, des produits qui poussent au sec, vu que dans notre région il ne pleut presque pas dans l’été. Ce labour gardait plus l’humidité qu’un labour peu profond. En suivant le chemin, qui va de la grande bastide, au quartier de la potasse, il y à la bastide, de Marlusse. Elle appartient à la famille Auburtin : l'histoire de son nom Marlusse, est simple ; en Provence, la coutume à toujours été de donner des faux noms au personnes, pour diverses raisons : soit le lieu de sa résidence, ou le nom d'un de ses ancêtres, ou alors un défaut de son physique. Il se trouve « d’après les dires » que la personne qui construisit cette bastide était grande et maigre, d'où le surnom de Marlusse, qui en provençal veut dire (Morue) personnellement, ce nom je le trouve beau ! Il chante ! Il semble sorti, d'un personnage de Pagnol : il a l'accent de la Provence ! La bastide de Marlusse est entouré de verdure : elle est surtout mise en valeur par ses propriétaires qui l'embellissent de parterres de fleurs. Au sud s'étend la colline des (Bosques), des pins des chênes, et la garrigue. Au nord, un sublime tableau s'offre à vos yeux : la plaine, et en toile de fond, la sublime, l’incomparable montagne St Victoire dans toute sa splendeur ! dans son écrin de verdure, auréolée d'un ciel bleu. Cette montagne, qui change de couleur au fil de la journée. Où mon grand-père m'apprit à y lire d'après les ombres des rochers, les heures de la journée.... Dans les années quarante un appartement de la bastide de Marlusse, était louée a la famille Barras. Je m'amusais souvent avec le dernier de leurs enfants il s'appelait Roger. Mais pendant ces années d'occupations, la famille Auburtin qui résidaient à Marseille, venaient souvent à Marlusse dans un autre appartement. Ils avaient deux enfants un garçon, Pierre qui était de mon âge et une fille, Lucienne. Avec Pierre et Roger nous avions commencé, à soi-disant....creuser un petit puits derrière la bastide. En fin d'après-midi nous en étions environ à vingt centimètres de profondeur, lorsque Roger nous dit : " Demain je ne viens pas, je vais avec mon père faire l'ouverture de la chasse ! ". Nous avions décidé avec Pierre de ne pas continuer le puits sans Roger. Le lendemain matin résonnaient les coups de fusil...Qui étaient tirés dans la colline des Bosques. A l'heure du repas de midi, mon père revenant du village nous apprit qu'il y avait eu un grave accident de chasse dans la colline. Que Roger Barras avait reçu un coup de fusil à bout portant dans la jambe. Mon père nous expliqua, "d'après les dires" comment l'accident était arrivé. Souvent lorsque un chien poursuit un lapin, ce dernier va dans son terrier. Certains chasseurs avec l'aide d'un bâton regardent si le terrier est profond pour pouvoir le prendre avec les mains ; pour ce faire il doit déposer son fusil au sol pour être libre de ses mouvements. Souvent le, où les chiens sont excitaient de voir leur maître devant le terrier ; ils tournent autour du chasseur dans tous les sens. Roger était face à son père mais aussi face au fusil, le chien posa une pâte sur la détente de l'arme, le coup partit dans sa direction lui sectionnant la jambe au niveau du tibia. Roger fut transporté avec une charrette chez le médecin qui lui donna les premiers soins. Nous n'avons jamais continué à creuser le puits. cela avait créé une grande émotion dans le quartier, et dans le village. Devant notre bastide, il y avait celle de Mr Charles Faure, une imposante bâtisse, entourée de grands platanes. il y avait aux alentour quelques hectares de terre. Pour se rendre a notre bastide, il fallait passer devant celle de Mr Faure. Le même chemin desservait les deux bastide. Mr Faure n'était pas un homme de la terre : il était artiste de variétés, son nom d'acteur, était, (Vincent Flo). Madame Faure, elle, était danseuse d'opéra. Ils sont venus à la bastide en 1940 a la déclaration de la guerre ! Par la force des choses. Charles avait de la peine à travailler la terre. Mon père lui donnait quelques conseils : souvent c'était Mr Faure qui lui demandait comment il fallait faire, tel ou tel travail ; ou a quelle époque il fallait ensemencer. C'était un homme gracieux, plein d'humour : il avait constamment la parole pour rire. Un jour qu'il traçait des raies avec l'aide de son cheval pour planter des pommes de terre : la première qu'il ouvrit était très tordue, pour l'unique raison, qu'il était seul pour tenir la charrue, et guidait son cheval dans la bonne direction. De ce fait toutes les autres raies avaient les mêmes courbes. Mon père qui était maniaque pour l'alignement des raies, "il y m'était un point d'honneur, comme beaucoup de maraîchers ". Il lui fit la remarque : « Charles ! tu ne peux pas faire les raies droites ! ce n'est pas joli, lorsqu'elles sont tordues ! » Mr Faure avec le sourire, lui répondit : « Marius! Je reconnais que tu es plus fort que moi pour faire les raies droites ! Mais moi dans les miennes, il y va plus de semence ! Vue qu'elles sont tordues ! Donc j'aurait plus de récolte que toi ! » Eclat de rire !... Malgré toute la bonne volonté qu'il y m'était à travailler la terre, Mr Faure, ne s'en sortait pas. Il fallait qu’il nourrisse sa grande famille. Car depuis leur arrivée a la baside, ils avaient eu quatre filles. Il décida de se faire embaucher à la mine de Gréasque, tout en continuant de cultiver une partie de ses terres. Il rendit de nombreux services au cercle Catholique du village, pour y avoir monter de nombreuses, et belles pièces de théâtre : et aussi pour la fabrication de décors. Mr Faure était un homme que j'aimais, il avait toujours un mot gentil pour nous les enfants..... J’ai le plaisir d’évoquer cette époque avec des gens de mon âge, ou de raconter mes souvenirs aux plus jeunes, Ce fut pour moi une des plus belles époques de ma vie. Nous appartenons à une génération qui a eu la chance de voir le travail des (Gens de la terre), devenir de moins en moins pénible, même si c’est au détriment du contact, de la connaissance, voire d’une certaine complicité avec la nature et les animaux, en particulier avec nos chevaux. Nous avons vu aussi peu à peu les grosses exploitations (et les moins grosses...) s'équiper de tracteurs qui labourent, sèment, recouvrent le grain en un seul passage. On n’arrête pas le progrès Aujourd’hui, on peut retrouver dans les fêtes locales de beaucoup de régions de France des reconstitutions de battages à l’ancienne qui montrent aux plus jeunes comment se faisait le travail de la terre, à l’époque de leurs grands-parents Si un jour, vous avez la chance de croiser un vieil homme, dont le visage est buriné, brûlé par le soleil : qui marche le dos courbé par le poids des ans... Si pour une raison ou une autre il vous tend la main, vous aurez le privilège de toucher la main d'un homme de la terre, vous sentirez dans la votre une main dure, calleuse, qui ne s'ouvre pas entièrement, dont les doigts se sont atrophiés parce qu'ils ont pris la forme des manches d'outils divers : tenus toute sa vie durant, pour travailler la terre ! Sa terre ! Celle qui l'a nourri et qui à nourri l'humanité. Ce jour là, vous aurez eu le grand privilège d'avoir serré la main d'un homme qui fait partie des gens de la terre...Ces gens qui sont en grande partie nos ascendants, car de loin, ou de prés nous descendons tous des (Gens de le Terre)....Pour mon compte personnel, j'en suis fier..... D M Fuveau 2006.
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